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Salone del mobile Milano 2018

Écrit par Deborah KOSLOWSKI on 30 juillet 2018. Posted in Salons Europe

Le meuble, culture et conscience

Et de 57 printemps pour le Salon du Meuble de Milan ! Le rendez-vous  international des professionnels du meuble et du design, qui s’est tenu du 17 au 22 avril, au parc des expositions de Rho Pero, a établi un nouveau record, en accueillant plus de 430 000 visiteurs.  Il a aussi prouvé que la capitale lombarde est, comme toujours, LE lieu de rendez-vous de la créativité, de l’innovation, et de la qualité. Et au coeur des tendances cette année ? Le minéral et le végétal.

Deborah Koslowski

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Avec ses 434 509 participants accueillis en 6 jours et venus de plus de 188 pays différents, le Salon du Meuble de Milan assoit, plus encore, sa notoriété en tant qu’événement incontournable, international, et qui demeure dynamique malgré sa maturité. La présence de certains politiques locaux - à l’instar de Giuseppe Sala, actuel maire de Milan, ou de Matteo Salvini, leader du parti politique de la Ligue du Nord - ainsi que la création d’un premier Manifeste (qui est un pacte d’intentions dont le rôle est de réaffirmer les missions essentielles du salon et ses liens étroits avec la ville de Milan), et les chiffres de cette 57e édition, en sont la preuve. Il Salone del Mobile, véritable vitrine, plébiscitée tant par les professionnels italiens qu’étrangers, a réuni, cette année, 1 841 exposants – dont 27 % étaient issus de 33 pays extérieurs à l’Italie – ainsi que 650 jeunes designers au sein du Salone Satellite. Il a également enregistré une hausse de son visitorat de 26 % par rapport à l’édition 2017.
« Nous sommes très fiers du succès de cette manifestation et de la qualité des professionnels présents, qui ont confirmé le rôle de référence mondiale du Salone del Mobile. Un moment unique, pendant lequel l’entreprise et la culture deviennent le modèle vertueux d’une Italie qui marche; d’une Italie dont le système industriel et les institutions avancent de manière synchrone vers un but commun », a commenté Claudio Luti, le Président du Salone del Mobile.
A l’image de l’édition 2016, celle de 2018 a accueilli Eurocucina, son salon biennal dédié à la cuisine. Et là encore, une belle surprise : la fréquentation de cet événement connexe s’est accrue de 17%. « Les visiteurs se déplacent plus volontiers sur Eurocucina que sur EuroLuce (salon mettant le luminaire à l’honneur, ndlr) », a pris le temps d’analyser David Soulard, Directeur général de Gautier, qui présentait – à l’occasion du Salone – un nouveau séjour naturel, vraiment dans l’air du temps puisque fait en chêne bocage. Un point de vue partagé par l’ensemble des exposants et visiteurs.

Au fil des allées...

Le meuble, vecteur de rencontres
Le Salon du Meuble de Milan ? Une fenêtre plus que jamais ouverte sur le monde. « En voyant les milliers de personnes affluer tous les jours dans les pavillons, nous comprenons aisément qu’il ne s’agit pas d’une simple foire, mais d’une expérience globale et d’une émotion, qui attirent des entreprises, des créateurs, des communicateurs et des professionnels du monde entier », a, en ce sens, confirmé Claudio Luti. « C’est ici que se font des rencontres extraordinaires, capables de changer le cours des choses et d’initier des collaborations qui laisseront leur marque. Aujourd’hui, les paroles du Manifeste deviennent vivantes et concrètes, se transforment en business et en culture, pour ceux qui croient en la qualité et en l’avenir impulsés par l’internationalisation », a-t-il continué.
Et ce n’est pas Isabelle Hernio, Directrice du Département International du Meuble Français (GEM), qui aurait dit le contraire : « Milan, c’est le salon le plus complet et le plus mature au monde qui soit. Il est difficile à exploiter avant, pendant et après. C’est le monde entier, c’est le retail et la prescription. » Pour toutes ces raisons, c’est sur un espace collectif de 300 m2, installé au cœur du Pavillon 10 - dédié au Design - qu’elle a fait rayonner le savoir-faire français, à l’aide de 6 fabricants, contre 7 présentés l’année passée. « Le signe, selon elle, d’entreprises françaises à l’international qui ne font plus n’importe quoi, qui sont capables de faire des choix et de les assumer, qui ne se rendent pas malades d’être absentes de Milan, qui continuent de travailler et savent qu’elles n’ont pas besoin de lui.»
Et pour cause : « Il faut y venir costaud, en bonne santé économique, avec de bons produits, avec une volonté de travailler derrière et avec l’envie absolue d’embrasser l’international. Sont ici, justement, les entreprises qui considèrent que ce salon est incontournable pour leur développement à l’international. Tenir ici, c’est comme un examen de passage », a-t-elle martelé.
Et de bons produits, les Français en avaient. Comme les fabricants de tous pays, ces derniers sont soucieux des attentes de leurs clients. Des consommateurs, par ailleurs, toujours plus sensibles au développement durable, désireux de s’équiper de mobilier mariant joliment matériaux nobles et matières naturelles, devant coller à leurs intérieurs pensés pour le passage de moments conviviaux… et faits pour durer dans le temps.

Minéral et végétal
Le bois ? Il était donc incontestablement le roi sur le salon. L’espace alloué au GEM, sur lequel se trouvait des marques comme Alki (qui présentait notamment ses nouvelles collections Eldu et Hegon ; des tables en bois et des fauteuils mêlant bois et assises rembourrées), Bosc, Gallery 910, et Soca, en était d’ailleurs l’un des témoins. Noyer, hêtre, orme, chêne, massif ou en cannage…De toute essence, il était là. Il faut dire que le travail du bois bénéficie d’un savoir-faire séculaire, et que l’utilisation de ce matériau, pour fabriquer des meubles, place immédiatement leur fabricant dans une démarche éco-responsable. Et de fait, personnalisable et résistant, ce type de mobilier se lègue et s’intègre tout à fait à des intérieurs contemporains. Moins de gâchis, en somme. Outre la présentation du nouveau séjour en chêne bocage de Gautier, c’est sur l’immense stand de Rochebobois (qui exposait aussi au Fuorisalone, la partie off du Salone) que le bois a démontré sa capacité passe-partout. Un talent notamment mis en exergue sur Libretto – dernier programme d’assises de la marque – par le mariage heureux du bois, du cuir et du laiton.
Mais il n’y a pas qu’avec le bois que le laiton a fait fureur. Cet alliage non ferreux est aussi apparu accompagné de marbre et de quartz, révélant ainsi tout le caractère et l’élégance de ces minéraux – très résistants aux taches, aux rayures et à la chaleur – ayant servi à la fabrication de comptoirs de cuisine, de tables ou de commodes.
Des tendances observées notamment auprès du cuisiniste italien Boffi, de la marque française La Chance, et de la designer anglaise Bethan Gray. « Aujourd’hui tout se joue autour de l’émotion. Il faut permettre la création d’une connexion, entre le client et le produit. Plus que proposer un bel objet, nous lui proposons donc des solutions d’ensemble, où l’objet est intégré à un univers, afin de l’inspirer », a, par ailleurs, expliqué Roberto Gavazzi, Président directeur général des marques Boffi, DePadova et Mau Studio. Surfant sur la vague du végétal et du minéral, ce dernier a bien compris que le temps des cuisines blanches était révolu et que la nature avait repris ses droits, même à l’intérieur. L’industriel italien a donc profité du Salone pour présenter deux nouvelles cuisines en îlot, à l’allure sobre et authentique, au sein de sa marque Boffi. L’une d’elle, la Combine, modulable et personnalisable à l’envi, pouvait, en ce sens, tout à fait marier bois aggloméré mélaminé et marbre blanc de Carrare.
Un retour à la naturalité qui ne s’est pas seulement observé dans l’utilisation de matériaux nobles et naturels : cette année encore, la part belle a été faite aux camaïeux de beige, de marron, de gris, de vert et de terracotta !