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Interior Lifestyle Shanghai 2018

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 20 décembre 2018. Posted in Salons Asie

Rude métier…

Rien n’est jamais acquis dans l’univers très concurrentiel des salons professionnels. Même lorsque l’on s’appelle Messe Francfort, que l’on occupe le second rang mondial dans la hiérarchie des organisateurs, que l’on dispose d’une expérience et un savoir-faire incomparable dans tous les domaines. Malgré cette force de frappe reconnue universellement, il est des pays qui ne sont pas simples à conquérir. S’il fallait établir un classement, la Chine se situerait en haut de l’affiche des pays les plus complexes à aborder. C’est en tout cas ce à quoi sont confrontées les équipes aux commandes d’un rendez-vous nommé Interior Lifestyle Shanghai, lequel leur donne bien du fil à retordre pour imposer un concept adapté à la demande du marché.

Philippe Méchin

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Pourtant sur le papier tout était réuni pour faire du salon le théâtre d’une rencontre idyllique entre des organisateurs de très haut vol et un pays en plein boom économique boosté par ses exportations, mais surtout depuis quelques années par un appétit insatiable de consommation. Et quelle autre ville pouvait le mieux incarner cette nouvelle donne, sinon Shanghai, ville vitrine du pays, forte d’une expansion fabuleuse depuis l’ascension de la Chine vers les sommets de l’économie mondiale où elle dispute la première place au géant américain. Et lorsque l’on parle d’expansion au sein de l’empire du Milieu, les chiffres donnent le vertige, à l’exemple de ceux de la démographie. Il faut en effet savoir que la population shanghaienne atteint le chiffre vertigineux de 25 millions d’habitants, sachant que ces données officielles sont considérées comme sous-estimées. Les vrais chiffres tourneraient autour de 32 millions ! Quoi qu’il en soit, il suffit aujourd’hui de faire le tour de cette mégapole extraordinaire à tous points de vue, pour toucher du doigt la réalité et comprendre l’ampleur de la montée en flèche du nombre d’habitants venus chercher fortune dans cette cité des prodiges. Y circuler en voiture fait encore mieux comprendre le phénomène. Sorti du centre-ville, ce ne sont que quartiers nouveaux à perte de vue, entourés de chantiers gigantesques. Ce paysage de grues et de béton fraîchement coulé n’incite pas au premier abord à l’enthousiasme, tant Shanghai, ville mythique chargée d’histoire semble y avoir perdu son âme chinoise. Les quartiers, les rues, les habitations traditionnelles, tout ou presque a été tout bonnement rasé, sans le moindre état d’âme afin de faire peau neuve et laisser la place à une cité totalement nouvelle, entièrement tournée vers l’avenir. Est-ce pour autant que cette périphérie n’accueille que la population située en bas de l’échelle sociale du pays ? Pas du tout. Il s’agit de constructions neuves d’un bon standing, destinées à ces nouvelles classes moyennes qui ont migré vers le lieu le plus dynamique du fantastique développement d’un pays qui ne cesse de voir le niveau de vie de ses habitants progresser de façon fulgurante.

Un pognon de dingues ?
En effet, il est à peu près acquis que ces classes dites moyennes, mais que nous qualifierions de supérieures en regard des critères occidentaux, sont aujourd’hui estimées à quelque 300 millions d’individus. Mieux encore ce chiffre ne cesse de progresser, soutenu par une croissance ininterrompue depuis bien des années maintenant. Aussi, faut-il bien comprendre qu’aujourd’hui Shanghai est une ville riche à destination de ces nouveaux riches, qui découvrent les vertus de la propriété individuelle et de la consommation à haute dose. Aussi, ne regardons pas cette folle expansion territoriale de la ville avec nos yeux d’européens. Si son étendue peut paraître extravagante, elle n’est pas pour autant constituée d’un centre-ville entouré de bidonvilles. Shanghai n’est pas Rio de Janeiro, ou Johannesburg. Elle est simplement une des mégapoles les plus peuplées au monde, et son expansion territoriale en est la conséquence. De plus l’espace ne manque pas, et les promoteurs immobiliers ne se privent pas pour en profiter. Mieux encore, les infrastructures en matière de transports, ne cessent de s’améliorer permettant ainsi aux habitants de se rendre sur leur lieu de travail dans des conditions optimisées. C’est ainsi que les accès routiers se multiplient afin de faciliter la vie de millions d’automobilistes, ce qui ferait sans doute bondir nos édiles parisiens. Mais les chinois sont de grands pragmatiques. Tout est conçu pour fluidifier la circulation avec l’édification de périphériques géants munis de multiples échangeurs qui permettent de fluidifier le trafic. Certes, celui-ci est d’une densité considérable, mais il est très rarement saturé. Tout le contraire de ce qui se passe à Paris ou, les autorités locales n’ont rien trouvé de mieux que de créer des systèmes d’engorgement de la ville, provoquant ainsi et de manière tout à fait artificielle de monstrueux embouteillages quotidiens. Il ne faut jamais par exemple quitter l’aéroport Charles de Gaulle après 6 heures du matin, sinon c’est la punition avec d’inextricables embouteillages qui transforment l’accès à la capitale en enfer. Si nous nous permettons cette digression, c’est pour bien insister sur la volonté des autorités du pays de faire de la ville, ce qu’il est convenu d’appeler une ville monde, ce qui est déjà une réalité, tout en essayant d’y rendre la vie la plus agréable possible. En comparaison l’accès à l’aéroport est sans cesse amélioré, malgré un trafic aérien affolant. En tout cas, le voyageur qui débarque de Shanghai Pudong se voit offrir différents moyens d’accès au centre-ville, et notamment cet extraordinaire train pendulaire nommé Maglev qui permet de se rendre en centre-ville pour quelques yuans (une dizaine d’euros) en quelques minutes avec des pointes de vitesse de 415 km/h !
Justement parlons-en du centre-ville, lequel constitue la véritable vitrine de la ville, ou les hôtels de luxe parmi les plus fantastiques de la planète, les shopping centers ne font que proliférer, à l’unisson des boutiques de luxe qui ne cessent de se multiplier à tel point que le shopping finit par en devenir quelque peu lassant. C’est au cœur de ce centre-ville, s’il est possible de l’appeler ainsi puisqu’il est coupé en deux par la rivière Huangpu, que l’on peut toucher du doigt l’extraordinaire montée en puissance de sa richesse nouvelle et aussi celle de ses habitants. Cerise sur le gâteau, personne ne peut être indifférent à sa beauté architecturale et ses quartiers anciens magnifiquement rénovés, à l’instar du splendide Bund. C’est de cet endroit magique que le visiteur peut admirer chaque soir le spectacle magnifique des tours toutes plus futuristes les unes que les autres, lesquelles brillent de mille feux à la tombée de la nuit et offrent un point de vue à couper le souffle. Shanghai, c’est aussi cette offre inimaginable de restaurants de tous types, allant du bar à nouilles aux très luxueux et très onéreux trois étoiles. Ce sont aussi ces magasins bondés jusque tard le soir, ces voitures de luxe, et cette appétence invraisemblable des consommateurs pour les belles choses. Shanghai est donc redevenue cette perle de l’orient ou le gotha de la planète entière se pressait dans les années 30, à la recherche du raffinement et des plaisirs.

Pas facile à apprivoiser
Ce long préambule, permet donc d’imaginer que la cité est un terrain on ne peut plus fertile, aux salons professionnels, eu égard à la curiosité des consommateurs et au fantastique marché potentiel, non seulement de la ville, mais aussi de sa région et même du pays, tant sa renommée est considérable au niveau national, mais aussi international.
C’est d’ailleurs à cet effet que les autorités du pays ont permis la construction d’un récent et colossal parc des expositions, en complément de deux autres déjà existants, dont l’un, déjà considérable se trouve près de l’aéroport international en termes de surface d’exposition, sans oublier un autre petit nouveau situé non loin. Enfin petit nouveau, façon de parler puisque celui doit mesurer dans les 150 000 m2, nommé SWEEC, acronyme de Shanghai World Expo Exhibition & Convention Center. C’est dire donc tout le potentiel de Shanghai en matière de salons. C’est d’ailleurs ce que se sont dit les gens de Messe Francfort, passés maîtres en la matière d’exportation de leurs concepts de salons à succès, doublé d’un redoutable savoir-faire, qui a propulsé le groupe allemand au second rang mondial des organisateurs de salons professionnels. Dans un contexte aussi favorable, il paraissait donc évident qu’un de leurs fleurons, en l’occurrence Ambiente, pouvait y trouver sa place, eu égard au fulgurant essor de la demande chinoise en matière de produits de grande consommation. Sachant en plus que ces acheteurs d’un nouveau type sont d’une manière générale particulièrement séduits par la production venue d’occident, et surtout celle du vieux continent, tout paraissait réuni pour que le grand rendez-vous de février trouve son pendant asiatique. Certes, il n’était pas question de tutoyer les sommets vus en Allemagne, en nombre d’exposants, mais il semblait que tout était prêt pour que Messe Francfort installe une nouvelle plateforme d’envergure dans la ville la plus dynamique d’un Empire du Milieu qui ne l’est pas moins. Or, aujourd’hui et ce n’est pas faire injure aux organisateurs allemands, et à sa filiale asiatique, nous n’en sommes pas là, tant s’en faut. Il faut bien avouer que d’année en année Interior Lifestyle a réduit la voilure. Force est cependant de dire qu’ils ont affaire à forte partie, puisque quasi simultanément se tiennent deux salons de très grande envergure dédiés à l’ameublement et par extension à l’aménagement et la décoration de la maison. Ces deux évènements ont fait le plein et accueilli des milliers d’exposants sur trois sites, dans un incroyable contexte concurrentiel aigu. En effet, le premier nommé Furniture China mis en scène par un organisateur privé a vu se dresser sur sa route, un salon directement concurrent se tenant aux mêmes dates, avec cependant une différence d’envergure, puisque ce dernier est soutenu le par le gouvernement ce qui signifie un budget quasi sans limites. Dans un environnement aussi dingue, n’ayons pas peur des mots, organiser un salon indépendant avec une offre quelque part comparable tient de la gageure. De plus, et cet avis n’engage que nous, mais nous pensons qu’imposer le concept que l’on trouve sur Ambiente, avec la trilogie Living, Dining, Giving, ne coule pas de source auprès du public local.

La solution ?
Par voie de conséquence, Messe Francfort a entamé l’an passé un repli stratégique vers un site qui nous parait des plus judicieux. Celui-ci se situe en plein centre-ville, dans le quartier des commerces de luxe. Le bâtiment délicieusement rétro fût offert par les russes au temps du communisme triomphant et, il faut bien l’avouer, il est magnifique, surtout mis en scène par Messe Francfort qui n’a pas perdu la main. Toujours est-il qu’en raison de la taille de l’offre et du nombre de visiteurs, il est parfaitement adapté. Les quelque 23 570 visiteurs en légère progression par rapport à l’an passé ont pu profiter d’un écrin, délicieusement rétro, parfaitement situé, pour y découvrir les nouveautés et innovations des 437 exposants venus de 27 pays et régions.
Ils ont donc pu ainsi y voir une offre très typée style de vie plutôt haut de gamme, avec quand même un ordonnancement similaire à celui que l’on trouve sur Ambiente. Petite décoration, d’intérieur, arts de la table, articles ménagers, de rangement et de cuisine, cadeaux ont constitué comme à Francfort l’ossature de l’offre. Comme sur le grand rendez-vous allemand, les animations ont été nombreuses avec comme toujours la prime à la jeunesse créative en matière de design. A noter également la présence d’un popup store destiné à proposer des solutions aux détaillants.
En s’installant sur ce site, Interior Lifestyle a trouvé une plateforme d’exposition parfaitement adaptée à son offre. Sera-ce suffisant pour la pérenniser, dans cet environnement si concurrentiel ? Connaissant Messe Francfort, nous parierons que oui. Les organisateurs allemands ne lâchent jamais l’affaire. Ils savent que le chemin est escarpé dans un pays où tout est possible, ou rien n’est jamais acquis, ou bien des messages restent à faire passer. La tâche ne s’annonce pas facile, et tout ceci prouve que malgré les succès mondiaux, le métier d’organisateur de salon est un rude métier…