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Miff Kuala Lumpur 2018

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 8 juin 2018. Posted in Salons Asie

La course en tête

Il ne faut surtout pas se leurrer. La très riche saison des salons asiatiques de printemps, n’est pas une simple accumulation d’évènements, où chaque organisateur, dans le plus pur esprit de fair-play, se succède en l’espace de quelques semaines, pour se terminer en apothéose sur le territoire chinois. Elle est même le contraire, et la bataille est féroce. Comme dans toute compétition, il y a des perdants et des gagnants. A l’issue de cette saison 2018 ? Il semble que le rendez-vous de Kuala Lumpur ait pris l’ascendant sur ce qu’il est quelque part convenu d’appeler ses rivaux directs, mis à part le rendez-vous final de Guangzhou, qui joue dans une autre catégorie.

Par Philippe Méchin

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C’est un phénomène auquel nous nous sommes habitués depuis plusieurs années, mais il na’en reste pas moins vrai que celui-ci est unique au monde. En effet, nulle part ailleurs sur la planète n’existe une telle accumulation de salons professionnels se déroulant consécutivement en l’espace de quelques jours. Certes, le marché du meuble meublant et ses dérivés, est solidement tenu par les entreprises asiatiques en termes de production dont les coûts de revient restent hautement compétitifs. Celles-ci possèdent encore un fort pouvoir d’attraction de la part des acheteurs venus du monde entier et principalement de l’occident, mais tout ceci justifie-t-il une telle prolifération de salons professionnels ? Telle est la question que tout le métier se pose. Il faut en effet bien savoir que depuis la première semaine de mars et jusqu’à la fin du même mois, les visiteurs se voient proposer un véritable parcours du combattant, avec ces manifestations organisées à un rythme incessant. Ainsi le malheureux acheteur, a-t-il à peine le temps de déposer ses valises à un endroit qu’il est carrément obligé de les refaire pour sauter dans un avion, en direction d’un autre salon. Bien évidemment les distances ne sont pas rédhibitoires, mais tout de même, trop c’est trop. Il faut par exemple bien savoir que le périple d’un acheteur du meuble va le mener en Malaisie, à Singapour, en Indonésie, au Vietnam, en Thaïlande, en Chine. Certes, par les temps qui courent où les plannings et agendas de ces acheteurs sont toujours serrés, ceci peut constituer un avantage en termes de gain de temps, mais les dates des uns et des autres en sont arrivées à se chevaucher, tant et si bien que certains salons se tiennent exactement aux mêmes dates, ou encore avec des écarts calendaires si minimes que n’importe quels visiteurs n’a d’autre choix que de procéder à des arbitrages, en privilégiant l’un au détriment de l’autre, selon ses priorités, l’offre proposée et bien d’autres paramètres qui sont propres à la stratégie de son entreprise. Il apparait donc clairement que ces dates sont donc délibérément choisies par les organisateurs en toute connaissance de cause, et ceci s’apparente à une guerre, ou du moins cela lui ressemble fortement. Mais là où il y a matière à étonnement tient dans le pourquoi du comment de cette concurrence. Le discours officiel, nous le connaissons bien désormais.

Arrêts aux stands

Ceux-ci considèrent que ces convergences permettent à ces acheteurs de visiter en un temps record l’offre globale, proposée dans la région, tout en sachant pertinemment que cela est désormais impossible. Et puis, ceux-ci oublient un détail. Ces professionnels qui font de lointains déplacements, ont aussi besoin de passer du temps sur chaque plateforme, tant pour découvrir l’offre que pour négocier, commercer et mettre en place des rendez-vous à des fournisseurs à des heures qui dépassent souvent celles officielles des fermetures. Bref, ce système poussé à l’extrême commence à lasser. Il est donc temps pour les uns et les autres d’harmoniser les calendriers. Nous ne parlons même pas des exposants qui se trouvent confrontés à la même problématique et qui ne peuvent être partout. Enfin, la couverture médiatique souffre aussi de ces conditions. Les journalistes ne peuvent plus couvrir simultanément tous ces évènements. Enfin et surtout, cette situation risque de ne profiter à terme qu’à un seul pays, en l’occurrence la Chine et son fabuleux marché intérieur et la richesse de ses entreprises sous-traitantes. Heureusement nous n’en sommes pas encore là. Au-delà de l’empire du Milieu, le Sud-est asiatique reste encore une région extrêmement dynamique, à tous niveaux, riche de ses plus de 600 millions d’habitants, de sa main-d’œuvre qualifiée, et d’une vraie modernisation de son appareil industriel. Il n’en demeure pas moins vrai que ce phénomène de concurrence entre les plateformes de la région, est une réalité à laquelle chaque organisateur doit aujourd’hui faire face.

Faire face à la concurrence
Toujours est-il qu’il en est une qui a bien compris les enjeux et qui semble à l’issue de cette saison 2018, avoir fait la différence, par rapport à ses rivales, puisqu’il est permis de les appeler ainsi. Ce phénomène, nous le pressentions depuis un bout de temps, mais il se confirme d’année en année, arrivant aujourd’hui à un niveau qui lui permet de se situer au sommet de la pyramide de ces rendez-vous du bout du monde. Il s’agit du salon Malaysian International Furniture Fair, qui possède en plus, l’avantage d’ouvrir le bal sur le plan chronologique. Cette opportunité pèse aujourd’hui très lourd dans la balance, et les organisateurs aux commandes en ont bien saisi la portée. Il est vrai que nous avons à faire aux équipes d’UBM, qui président aux destinées de nombreuses manifestations sur la planète et plus particulièrement sur l’Asie, avec dans son portefeuille un événement de taille, puisqu’il s’agit ni plus ni moins du très célèbre salon Furniture China, lequel se tient à Shanghai et constitue à ce jour le rendez-vous international de référence dans le domaine du meuble, du design et de la décoration, non seulement sur la zone Asie Pacifique, mais également au même titre que les 3 plus grandes plateformes mondiales de la profession, avec celle de Cologne et de Milan. C’est ce qui s’appelle un poids lourd. Tout ceci prouve donc d’une manière incontournable, un savoir-faire, une expertise que ne possède aucun de ses concurrents dans la région. Il va donc sans dire que ces organisateurs rompus à toutes les difficultés du métier pèsent de tout leur poids. Et force est de reconnaître que ceux-ci mettent le paquet dans le bon déroulement du salon. Nous en avons eu plus que jamais la preuve cette année, nous y reviendrons. Il faut également souligner que si UBM déploie tant d’efforts, c’est également parce que les équipes aux commandes de l’événement connaissent tout le potentiel de la Malaisie, qui soit dit en passant suscite bien des convoitises. Il faut dire qu’avec une production pétrolière abondante, et des ressources naturelles riches et variées, le pays est particulièrement attrayant pour les investisseurs du monde entier qui en font une de leurs destinations privilégiées. La France n’étant pas la dernière, en l’occurrence. En effet, de nombreuses entreprises tricolores et notamment celles du CAC 40, des travaux publics des télécommunications y voient un relais de croissance à fort potentiel. Seulement, ils ne sont pas les seuls, tant s’en faut. Le voisin chinois, notamment, y a des très grosses ambitions, eu égard à la proximité géographique, mais aussi en raison des richesses fossiles.

Seule comme une grande
Mais ce n’est pas tout. La Malaisie n’est pas un pays à piller. Elle a acquis son statut international toute seule, à la force de la volonté de ses dirigeants et celle de ses habitants qui ne rechignent pas à la tâche afin d’assurer une prospérité et une respectabilité mondiale. Il faut néanmoins reconnaître que le pays revient de très loin. Il a en effet été secoué par une terrible crise économique, financière, monétaire, à tel point que le FMI s’est ému d’une situation qui ne faisait que se dégrader et qui risquait de provoquer un désastre dans toute la région. Ce dernier a donc imposé un plan d’austérité à des dirigeants qui n’en ont tenu cure ! A contrario de toutes les recommandations de l’instance monétaire internationale, ils ont pris le contrepied de tous ces bons conseils. C’est ainsi qu’ils ont dévalué notamment la monnaie nationale, le Ringgit, et contre toute attente ceci a provoqué un choc salutaire, grâce à des prix en baisse, permettant à ses produits manufacturés de redevenir compétitifs sur le marché, notamment dans le secteur du meuble meublant, mais pas seulement. En effet, cette baisse de parité de l’unité monétaire a également été accompagnée d’un très large soutien des entreprises de la part du gouvernement, notamment à l’export. Avec ces aides les entreprises ont été modernisées, soutenues par une politique de formation de la main-d’œuvre reconnue aujourd’hui comme qualifiée. En claquant la porte à la politique de rigueur drastique que voulait imposer le FMI, les dirigeants de l’époque ont pris un énorme risque. Ils en sont récompensés aujourd’hui grâce à un effort collectif partagé entre la population, les entreprises et les dirigeants. Certes tout n’est pas rose dans un pays où règne encore la corruption et qui vient de porter au pouvoir un Premier ministre de 92 ans !
C’est donc dans ce contexte qu’il faut considérer la volonté d’UBM de faire du salon Malaysian International Furniture Fair, LE rendez-vous de référence dans la région. Aussi se sont-ils donné le temps et les moyens. Les débuts furent à taille humaine, et permirent de créer une véritable proximité tant avec les exposants que les acheteurs et les médias. Ainsi, au fil du temps, s’est-il créé une alchimie particulière unique en son genre, faite de proximité, de convivialité, mais aussi de rigueur de professionnalisme reconnu par tous. Tant et si bien que ce salon situé au pied d‘un complexe hôtelier, à dépourvu de gigantisme est devenu un salon très recherché pour son ambiance toute particulière laquelle favorise ainsi les échanges commerciaux dans une atmosphère à la fois détendue et fort studieuse. D’année en année le salon s’est enrichi de divers évènements et animations en tout genre, suivant tous les courants et tendances du secteur. Ainsi le design, toujours plus en pointe à chaque édition, s’est-il vu attribuer une place bien plus importante.
 
Le grand tournant
Mais le grand tournant, c’est lors de cette session 2018 que nous l’avons vécu. Désormais les organisateurs disposent d’un vaisseau amiral dernier cri. En effet le salon accueille maintenant ses exposants au sein d’un somptueux bâtiment nommé Mitec, acronyme de Malaysian International Trade and Exhibition Center. Ce parc des expositions ultra moderne permet ainsi à UBM de passer la vitesse supérieure et d’accueillir un nombre d’exposants en adéquation avec ses ambitions. Ainsi pour cette année pas moins de 625 exposants ont-ils pu présenter leurs nouveautés et innovations aux acheteurs venus de 135 pays et régions. Ceux-ci ont notamment pu constater les efforts considérables menés par la majorité des entreprises qui n’ont pas hésité à occuper plus de 100 000 m2. Tous ces chiffres constituent donc un record, mais tout laisse à penser que ceci n’est qu’un début. En effet, les pavillons de la Chine, de Taiwan et celui plus modeste de la Corée, laissent augurer un futur encore plus radieux, sachant que cette grosse machine qu’est le Mitec, est encore en période de rodage. Pour autant, et malgré ce nouveau bâtiment, le salon n’a pas perdu son âme, loin de là. En effet la plateforme originelle est conservée, avec son ambiance si inimitable, que nombre d’exposants rechignaient à la quitter. Qu’à cela ne tienne, les organisateurs bien conscients de tout ce que ce site suscite sur le plan affectif, l’ont conservé, sans que cela ne complique en aucune manière l’existence des visiteurs, grâce à un service de navettes qui fonctionne à merveille et qui sépare les deux plateformes de seulement quelques minutes. Enfin et puisqu’il faut bien aussi parler de l’offre, celle-ci monte clairement en puissance, dynamisée par l’omniprésence du design, et la volonté des exposants de monter en gamme, tout en reprenant à son compte les codes de beaucoup de standards occidentaux, ou du moins mondialisés. Ceci est tellement flagrant que nous avions l’impression par moment de visiter un salon européen. A ceci près que toutes les essences de bois sont ici omniprésentes, ce qui n’a évidemment rien d’étonnant eu égard à la richesse sylvicole du pays.
 
Cette édition 2018 marque donc un grand tournant. Manifestement UBM appuie sur l’accélérateur pour placer le salon Miff, en tête des rendez-vous de printemps, et tout laisse à penser que les organisateurs en ont sous le pied. De plus, ils possèdent cet avantage calendaire qui les place en ouverture de la saison. Il apparaît donc clairement que le salon fait la course en tête sur son terrain, la Chine étant hors catégorie. Et enfin, cerise sur le gâteau, l’ambiance, la qualité de l’accueil reste incomparable.

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