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Interzum Guangzhou 2017

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 11 septembre 2017. Posted in Salons Asie

Guangzhou, la cité des prodiges

Les superlatifs ne manquent jamais lorsqu’il s’agit de parler de la Chine. Cet empire, sorti du moyen âge il y a à peine une quarantaine d’années, est revenu au sommet de du classement planétaire des grandes puissances économiques et commerciales, s’intégrant dans la compétition capitaliste probablement la plus rude, la plus sauvage, de l’histoire de l’humanité, sans soubresaut, sans révolution sanglante, et plus fort encore, sans changer de régime politique. Ainsi, les dirigeants au pouvoir, revendiquent sans le moindre complexe un communisme tout à fait dans l’orthodoxie idéologique, profondément autoritaire, sans que la population ne trouve à y redire.

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Par Philippe Méchin

Ce superbe tour de force est pourtant dû à l’instillation d’un libéralisme absolu, totalement débridé, lequel a permis à la Chine d’occuper la seconde position sur l’échiquier mondial, et probablement bientôt la première, grâce à une transformation de son appareil industriel, au service des exportations, dont elle est le champion incontesté. Cet exploit insensé, réalisé à la vitesse de l’éclair, a totalement bouleversé l’ordre des choses, et tout laisse à penser que nous n’avons encore rien vu. Il est en effet clair que le fameux atelier du monde a d’autres ambitions que de rester le sous-traitant de la planète. Les décisions prises récemment par le président Xi Jin Ping, sont la pour en attester, avec cette renaissance de la route de la Soie, qui a pour mission d’agréger les pays satellites de l’empire du Milieu dans un vaste projet, permettant de faciliter encore un peu plus les échanges de biens et de marchandises. Afin d’encore mieux conforter le projet, les autorités gouvernementales se sont lancées dans une gigantesque politique de grands travaux d’infrastructures qui permettront ainsi d’écouler la production destinée à l’exportation, dans les meilleures conditions. Tunnels, ponts, voies routières et ferrées verront ainsi le jour dans les années à venir. Cette politique de grands travaux aura également pour avantage de soutenir l’économie, et par voie de conséquence, l’emploi salarial. D’autre part, et il est important d’insister sur ce phénomène, elle veut absolument gommer cette image d’usine du monde qui sous-tend en filigrane, la production en masse de produits à bas coût, et de qualité inférieure destinés à envahir tous les marchés de la planète. Cette réputation, les dirigeants en sont bien conscients, et sont bien décidés à la modifier au plus vite. C’est ainsi que les efforts dans le domaine de la recherche et développement vont s’intensifier, sachant qu’ils se situent dans la tranche la plus haute du pays, dans ce type d’investissement hautement stratégique, si l’on accepte de considérer ce que sera notre monde dans les années à venir. Intelligence artificielle, robotique, nano technologies, tous ces termes vont envahir notre vie dans les années à venir. Cet ordre nouveau va très probablement modifier notre rapport au travail, mais aussi à notre bien-être, notre confort, notre cadre de vie notre santé. Cette déferlante dont nous percevons à peine à entrevoir l’écume ne va pas s’attarder à s’abattre sur nos vies de terriens.

Bouleversements en vue

Tout ceci, nos amis chinois en sont tellement conscients, qu’ils ont déjà investi massivement dans toutes ces nouvelles technologies, via un soutien massif aux entreprises impliquées dans ce secteur, tant et si bien qu’il est acquis aujourd’hui que dans le domaine de la robotique, et de l’intelligence artificielle, le pays a déjà pris une avance considérable. Info ou intox, seul l’avenir proche le dira. Plus étonnant encore, l’Empire du Milieu grand pollueur devant l’éternel, semble avoir pris le problème à bras le corps. La ratification de l’accord de Paris est la preuve tangible des autorités gouvernementales, de l’adhésion à cet enjeu planétaire, majeur. Ceci, à l’heure où les Etats-Unis se désolidarisent de cette fameuse Cop 21, au nom de la protection de l’autonomie de l’exploitation des énergies fossiles, américaines, gaz de schiste en tête, permettant ainsi une indépendance énergétique considérée comme prioritaire de l’autre côté de l’Atlantique. Au-delà des considérations éthiques, écologiques, il est patent que deux visions du monde vont s’affronter, et que la bataille promet de nombreux rebondissements et probablement, à terme, une nouvelle bipolarité, au sein de laquelle, l’Europe, au même titre que la Russie, risque de jouer les faire valoir.
Pour autant rien n’est joué, et les deux géants montrent, malgré tout, quelques signes de faiblesse. Laissons de côté les Etats-Unis, pour nous pencher sur celles de la Chine. La première passe par le ralentissement de ses exportations en raison d’une demande moins forte, conséquence d’une croissance mondiale atone depuis quelques années. Face à une situation qui ne montre à court et moyen terme, aucun signe d’amélioration, les dirigeants du pays ont décidé d’opérer un grand virage vers la relance de la consommation domestique, avec notamment une large participation des banques, via un accès au crédit facilité. La conséquence ne s’est pas fait attendre et les financements des établissements prêteurs ont permis à une majorité de citoyens d’acquérir un logement, priorité des priorités, ce qui ’a impliqué l’apparition d’une bulle immobilière, conséquence de la flambée des prix dans les grandes villes de l’Empire du Milieu, que le gouvernement s’efforce, avec un relatif succès pour l’instant. Disons que le feu est éteint, mais qu’il couve.
Aussi dans ce contexte bouillonnant, ne faut-il pas s’étonner de la transformation spectaculaire des grandes villes, dont Pékin, mais surtout Shanghai et Guangzhou en sont la plus parfaite illustration. Celles-ci changent de physionomie à un rythme effrayant, sous la poussée de construction de bureaux, de tours et surtout de logements destinés à ces nouvelles classes moyennes aisées, poussées vers ces villes champignons où elles ont fait fortune.

Tout équiper, du sol au plafond

Mais au fond quel rapport avec Interzum Guang­zhou ?, pensez-vous. En réalité, le destin du salon est plus que jamais lié à cette situation. En effet, cette migration vers ces nouveaux paradis du business a engendré de nouvelles générations de consommateurs, dont l’objectif premier est l’accès à la propriété. Sachant qu’en Chine, les logements neufs sont livrés totalement nus, sans rien d’autre que du béton brut, il s’agit donc de les équiper pour les rendre tout simplement habitables, depuis la cuisine en passant par la salle de bains, les séjours, les chambres tout est à installer. C’est une grande partie de tout ce qui permet de rendre les appartements ou maisons habitables, mais aussi tout ce qui sert de support à l’ameublement, la décoration, qui est proposée sur la plateforme cantonaise, selon cependant une typologie d’offre signée Koelnmesse aux commandes de l’évènement. Il va donc sans dire que la formidable expérience, le savoir-faire, et la connaissance des marchés, est un atout maître, et ce, d’autant plus que la mise en scène et en valeur de produits qui n’ont rien de glamour, au premier abord, n’est pas une sinécure pour qui ne maîtrise pas ce sujet quelque peu rébarbatif. Seulement, ce domaine, on connaît bien du côté de Cologne, et depuis bien des années. En effet, pour qui l’ignorerait encore, le concept Interzum est né sur les bords du Rhin, il y a bien longtemps, et les organisateurs possèdent une expérience incomparable. Ils l’ont encore prouvé lors de l’édition 2017, qui s’est tenue récemment chez nos voisins germaniques, et avec quel succès. Cette formidable expérience a joué à plein dans la montée en puissance de la plateforme chinoise qui porte le même nom, et qui propose le même concept. C’est pourtant en douceur que Koelnmesse, a géré cette montée en puissance, sachant fort bien que les plateformes chinoises ont besoin avant tout d’être encadrées, gérées dans leur développement plutôt que poussées dans leur dynamique, ce dont elles n’ont pas besoin, tant le pays regorge d’une énergie, unique sur la planète.

Interzum Guangzhou, l’enfant prodigue

C’est donc en partenariat avec le très puissant China Foreign Trade Group qui gère la Foire de Canton, et le salon China International Furniture Fair, qui n’est rien de moins qu’un des plus gros salons mondiaux dédiés au meuble, que s’est développée la plateforme chinoise, fille, devenue fille prodigue de son aînée. Sur le plan pratique, les organisateurs allemands ont trouvé un accord, qui leur a permis de créer le rendez-vous Interzum version chinoise, lequel s’est tenu aux mêmes dates que la version dédiée au meuble de bureau du salon CIFF, permettant aussi à Koelnmesse de profiter non seulement du site exceptionnel du gigantesque Parc des expositions de Pazhou, mais aussi de l’affluence crée par le salon partenaire, lequel a bien compris d’emblée la complémentarité entre les deux offres. Tant et si bien que l’alchimie a tellement bien fonctionné que l’offre dédiée à Interzum s’est retrouvée vite à l’étroit. Toutefois, jamais les organisateurs allemands n’ont souhaité bousculer les évènements. Même si pendant longtemps ils ont eu à souffrir du manque d’espace, ils ont su gérer le problème avec beaucoup d’habileté, ce qui fait que pour cette édition 2017, ils ont eu suffisamment d’espace pour accueillir quelque 1 396 exposants venus de 38 pays et régions. Si la Chine fournit le gros des troupes, celles-ci furent escortées par Hong Kong, Taiwan, la Malaisie, le Japon, la Corée, pour le continent asiatique, et par l’Italie, la Finlande, la Suède, et surtout comme toujours un remarquable et remarqué pavillon allemand dans le domaine des poids lourds pour la vieille Europe. Le Canada, les USA et la Turquie venant compléter cet impressionnant tableau, lequel a attiré pas moins de 83 356 visiteurs, ce qui constitue un bond de record de 13,7 % par rapport à l’an passé ! Ce chiffre s’explique en partie par ce boom immobilier, mais aussi par une offre nationale qui reste encore bien compétitive à bien des égards, aux yeux de tous les acheteurs de la planète. Ceux-ci ont également pu profiter de la montée en gamme des nouveautés et innovations présentées par les exposants. Cette progression en qualité, trouve également une de ses justifications essentielles, via la montée en puissance démographique cette nouvelle génération d’acheteurs chinois aisés et surtout très exigeants, attirés en particulier par le savoir-faire et l’image de l’industrie occidentale. Ceci fait que les fabricants locaux n’ont eu d’autre choix que de monter, eux aussi en gamme, tant et si bien que tout le secteur d’activité en profite. Ce phénomène nous avons pu le constater dans toute l’offre globale, laquelle propose, sans surprise, les équipements, composants, et accessoires du meuble meublant, de cuisine ou de salles de bains, parquets et aménagements inté­rieurs, surfaces et papiers peints de décoration, sols en laminés, panneaux en bois, fixations et serrures, matériaux pour les canapés et sofas, sans oublier bien sûr le secteur literie, le tout bien évidemment accompagné d’une offre bois omniprésente. Néanmoins ce serait faire injure aux organisateurs de passer une arrivée massive d’un nouvel acteur au sein de l’offre, à savoir le concept de maison intelligente et de connectivité. Est également venue se greffer la montée en puissance du design et l’entrée remarquée de la Technologie LED. Tous ces produits se déclarent bien sûr éco-compatibles, le contraire eût étonné.

C’est avec méthode, que d’année en année Koelnmesse bâtit le succès d’Interzum Guangzhou et la seule question qu’il est aujourd’hui de se poser à son sujet est simple. Où vont-ils s’arrêter ?