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MIFF Kuala Lumpur 2016

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 6 septembre 2016. Posted in Salons 2016

20160906 miff-logo20160826 partagerLa belle surprise

Les évènements et les choses bougent sur le continent asiatique, longtemps épargné par les forces tectoniques qui secouent la planète depuis la grande crise de 2008. Personne n’échappe à un phénomène qui secoue tous les modèles économiques. Certains souffrent, d’autre résistent, à l’instar de la Malaisie laquelle, tire son épingle du jeu, alors qu’elle était donnée perdante, en raison de sa dépendance à ses revenus tirés du pétrole. En tout cas, elle a prouvé qu’il fallait compter avec elle, dans le domaine du meuble comme l’a prouvé une édition 2106 du salon MIFF qui a enregistré des résultats remarquables.

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Ce n’est pourtant pas le plus beau, le plus prestigieux, le plus grand de tous les salons qui se tiennent en Asie du Sud-Est, en ces lois de mars et avril. Ils sont en effet, fort nombreux à convoiter la manne des acheteurs venus, non seulement des pays limitrophes mis aussi du monde entier à la recherche de bonnes affaires. Toutefois, le positionnement du salon Miff, acronyme de Malaysian International Furniture Fair, fidèle à ses principes, semble avoir été le bon en cette période de redistribution des cartes. En effet, ce n’est rien de dire que le jeu est rebattu sur cette partie du monde que tout un chacun imaginait à l’abri de soubresauts identiques à ceux que connaît l’économie occidentale. Non seulement ce n’est pas le cas, mais en plus cette nouvelle donne vient confirmer l’interdépendance de tous les continents, toutes les nations dans la compétition internationale. La bataille fait rage et n’épargne personne. Pourtant il suffit qu’un des acteurs de cette ronde infernale, mette genou à terre, pour que ses rivaux se mettent à trembler pour leur avenir, voire même pour leur survie. Tel est l’étrange paradoxe de la fameuse mondialisation des échanges. La guerre a bien lieu, elle est féroce, mais il est indispensable que les protagonistes restent encore en bonne santé, afin de respecter les grands équilibres indispensables à la libre circulation des marchandises et des biens. Ces derniers sont bien évidemment conditionnés à la bonne santé des consommateurs, fantassins en première ligne appelés à sauver les économies avec comme arme leurs portefeuilles, leur capacité à investir et dépenser tout bien de consommation nécessaire au quotidien ou au confort. Il va donc sans dire que si un des grands pourvoyeurs de ces armées de citoyens dépensiers se grippe, c’est tout le système qui se grippe. Les prix baissent, les exportations ralentissent, l’emploi se précarise et devient une denrée rare etc. Ces phénomènes désagréables, c’est peu de le dire, les pays industrialisés l’ont vécu, et si rien n’est plus comme avant, ils s’en accommodent forts de leur longue expérience et de leur savoir faire dans le domaine industriel, commercial et financier, même si tout est loin d’être parfait. Il en va autrement pour les nouveaux venus dans la danse, qui n’ont pas su anticiper un retournement de conjoncture.

Arrêts aux stands

Trop souvent adossés aux revenus de leurs matières premières, ils n’ont pas vu la diminution, voire la chute libre de la majorité d’entre elles, et notamment des énergies fossiles. Véritables cigales elles ont surtout profité de cette manne au lieu de l’investir dans la modernisation de leur appareil industriel, sans oublier une corruption endémique qui a ravagé les équilibres sociétaux. C’est ainsi que des pays reconnus comme les grandes nations de demain se sont révélés n’être que des colosses au pied d’argile. Parmi les exemples les plus significatifs, citons le Brésil, et à un degré moindre la Russie, promis pourtant il y a quelques années à des lendemains qui chantaient haut et fort le grand air de la croissance. Seulement avec cette diablesse de mondialisation, les difficultés des uns ont engendré celles des autres, tant et si bien que le continent asiatique, qui se croyait bien à l’abri de ces tourmentes a vu les vagues de la crise lécher ses frontières et grossir à mesure que les autres s’effondraient. C’est ainsi que la Chine, a vu son modèle fondé sur les exportations s’effriter très rapidement et ceci d’autant plus que se pensant bien immunisé par un protectionnisme de haut vol, le pays a accumulé les erreurs, en augmentant notamment les salaires de manière spectaculaire, ce qui n’a réduit en rien les inégalités, mais obéré la compétitivité de leurs exportations. Mieux encore, les autorités ont laissé se développer une bulle immobilière dangereuse, encouragé la spéculation, bref ils ont eu tout faux. Tant et si bien que c’est aujourd’hui l’Empire du Milieu qui inquiète le monde. Un trop fort ralentissement de son économie plongerait le monde dans une terrible tourmente. Heureusement les dirigeants chinois ne restent pas les eux pieds dans le même sabot, et préparent une mutation profonde de leur modèle économique qui passe par un recentrage vers son marché intérieur.

20160906 miff-essinkLe bois, un des moteurs de l’économie malaisienne

Mobilium : Cette édition 2016 est un joli succès. Est-ce une surprise ?
Jime Essink : Pas vraiment, même si le résultat s’inscrit au-delà de nos espérances, nous avions enregistré des signes avant-coureurs d’une belle session 2016. Il ne faut pas cependant y voir le fruit d’un hasard. Le salon a été minutieusement préparé par toute l’équipe aux commandes du salon. Nous pensions à juste titre, que plus que jamais le Miff avait une belle carte à jouer en raison d’une conjoncture internationale complexe, et notamment sur le continent asiatique en raison des difficultés que traverse la Chine en ce moment. Certains pays bien positionnés sur les marchés export en profitent, à l’instar de la Malaisie, plus que jamais performante en la matière, et plus particulièrement dans le domaine du meuble.

Mobilium : Justement, quels sont ses atouts ?
Ils sont importants, pour plusieurs raisons. Le pays est un des grands producteurs mondiaux de bois, ce qui a permis à l’industrie du meuble d’en profiter pleinement. Grâce à cette matière première essentielle dans ce secteur, elle constitue un des moteurs de l’économie de la Malaisie. D’autre part, les autorités gouvernementales ont largement œuvré en faveur d’une vraie compétitivité, en laissant filer la monnaie locale, le ringgit, ce qui a eu pour conséquence de rendre les prix très attractifs, surtout au moment où la Chine a vu ses prix s’envoler, à cause notamment de l’envolée des salaires. Il ne faut pas oublier qu’en plus de tarifs plus que raisonnables, la main-d’œuvre reste très qualifiée, ce qui a des conséquences sur la qualité. Enfin, la situation géopolitique Malaise est stable, ce qui en ces temps agités constitue un atout non négligeable.

Mobilium : Quel est le positionnement de la production nationale ?
Jime Essink : Clairement en milieu de gamme. Il est hors de question d’aller explorer les territoires à risque de la fabrication à bas coût. Il n’existe pas de dumping salarial dans le pays, afin de produire moins cher. C’est pour cela que le niveau de vie de la population reste assez élevé, ce qui a pour atout une réelle stabilité sociale, laquelle permet au gouvernement de s’impliquer réellement dans la vie économique, et par voie de conséquence de soutenir les entreprises dans leur développement. Le secteur du meuble n’échappe pas au phénomène. Quant au haut de gamme, le créneau est considéré trop étroit, ce qui n’empêche pas la qualité dans les processus de fabrication des entreprises nationales. Toujours est-il que la majorité des fabricants est tournée vers les gammes moyennes qui constituent le meilleur marchepied pour le mass market, qui reste le réel objectif à atteindre.

Mobilium : Pensez-vous que le salon a été le reflet de toutes ces tendances ?
Jime Essink : Sans prétention, nous estimons que nous avons fait une partie du chemin. Les visiteurs ne s’y sont pas trompés puisque nous avons enregistré de très beaux résultats en termes de fréquentation, preuve que l’offre correspondait aux attentes. Mieux encore ces visiteurs sont venus pour procéder à des achats, puisque le chiffre d’affaires s’élève à 908 millions de dollars, ce qui est un très beau résultat, eu égard à la dimension du salon. Mais à ceci, nous allons y remédier très bientôt.

Mobilium : Comment ?
Jime Essink : En agrandissant notre surface d’exposition, tout simplement. C’est ainsi que dès 2018, le salon emménagera dans des bâtiments flambants neufs avec une capacité d’accueil adaptée à nos ambitions pour les années à venir. Il est temps pour le MIFF de tourner une page de notre histoire et nous nous y employons. Toutefois, s’il est un domaine auquel nous resterons attachés, c’est celui de la convivialité qui a contribué aussi à notre réputation.

Une chance pour les autres ?

Cependant comme la nature à horreur du vide, d’autres pays prennent le relais ou du moins s‘y évertuent. L’inflation salariale chinoise s’accompagne d’une baisse de compétitivité des exportations dans bien des secteurs. C’est dans cette brèche que se sont engouffrés certains pays asiatiques, et notamment ceux du Sud-Est, dans nombre de secteurs d’activité, à l’instar de la Malaisie, bien décidée à lancer ses forces dans la bataille. Une bataille qui ne la met pas en position dominante sur le plan théorique, puisqu’une de ses ressources essentielles provient du pétrole dont on connaît la mauvaise santé. C’est cependant faire bien peu de cas du reste, puisque le pays est solidement doté en matière de richesses naturelles. Citons pêle-mêle le caoutchouc, dont elle est le troisième producteur mondial, l’huile de palme dont elle est le premier, sans oublier l’or, le fer, l’étain, la bauxite. Mieux encore elle peut ajouter un attrait touristique de haut niveau, grâce à ses sites exceptionnels et ses structures routières, aéroportuaires et maritimes très modernes. Enfin, citons pour la bonne bouche, le bois, dont le pays est un des grands exploitants de la planète. Et qui dit bois, dit meuble. Il s’est donc développé, ces dernières années une industrie puissante, structurée, qui fait de la Malaisie, un des acteurs importants d’un secteur, où les fabricants des pays asiatiques règnent désormais en maîtres. Toujours est-il que la production locale ne laisse pas sa part aux chiens dans la bagarre, avec comme atout, un positionnement large qui balaie tous les types de marché. L’offre est vaste, mais c’est cependant en moyenne gamme que la production malaisienne s’exprime avec un savoir-faire incontestable.
Bien évidemment, dans un tel contexte, le salon national, cependant à vocation très internationale, prend toute sa dimension. Si la production locale y a la part belle, les exposants de tous pays sont les bienvenus, et d’ailleurs ils ne s’en privent pas. Toutefois ce n’est pas la vocation première des organisateurs de développer son internationalité via les industriels nationaux. Ce que cherche UBM Asia en charge des destinées du Salon Miff, c’est plutôt d’attirer avant tout les visiteurs étrangers, conscient que plus que jamais l’offre présentée sur le salon était digne d’attirer ces acheteurs venus des quatre coins de la planète.

Explication de texte

Bingo, puisque cette édition 2016, a enregistré un fameux record qui comble d’aise les équipes aux commandes du salon, comme l’a souligné Karen Goi, Directrice générale de la foire : « Nous enregistrons un excellent niveau de satisfaction de la part de nos exposants, ravis d’avoir pu rencontrer plus d’acheteurs venus du monde entier que les autres années. Ceux-ci nous ont également exprimé leur plaisir de découvrir une offre de qualité, grâce notamment aux nombreuses nouveautés présentées par les fabricants ». En tout cas ce ne sont pas des paroles en l’air puisque le volume d’échanges traité sur la double plateforme du Putra World Trade Center (PWTC) et du Matrade Exhibition and Convention Center a battu tous ses records en matière de chiffre d’affaires avec un résultat de 908 millions de dollars US. Revenons en quelques mots sur ce concept de double plateforme, mis en place par les organisateurs afin de pouvoir accueillir tous les impétrants. En effet le Premier, site historique du salon, s’est vite avéré trop petit, pour héberger les quelque 500 exposants, ce qui a impliqué la mise en place d’un autre centre d’exposition, à une portée de fusil. A cet effet, un très efficace service de navettes a permis aux visiteurs de se rendre sur les deux sites dans les meilleures conditions. A noter cependant que cette particularité prendra fin dès l’édition 2018, laquelle accueillera les exposants sous le même toit dans un bâtiment flambant neuf.
Mais que sont donc venus chercher ces 20 000 visiteurs et ces acheteurs venus de 130 pays, telle est la question fondamentale pour tenter de comprendre le très joli succès de l’édition 2016 de ce salon Miff. Au-delà des animations, des nouveaux produits, et d’un environnement chaleureux, les professionnels n’ont pas manqué de remarquer que la production nationale, était devenue fort compétitive, notamment dans le milieu de gamme et ceci pour trois raisons. Tout d’abord la production du géant chinois souffre d’une augmentation de ses prix en raison de l’augmentation de ses coûts de production liés à l’inflation salariale qui sévit dans l’Empire du Milieu. Ensuite, cette tendance est accentuée par la volonté du gouvernement de maintenir la parité de la monnaie du pays à des taux bas, ce qui accroît sa compétitivité. Enfin il est clair que les industriels du secteur forts de ces leviers de prospérité poursuivent plus que jamais leurs efforts, en termes non seulement de qualité, mais aussi d’innovation, en ne relâchant pas leurs efforts dans le secteur recherche et développement, mais aussi dans le domaine du design. Ces éléments conjugués ont très nettement contribué au succès rencontré par un salon qui a connu par voie de conséquence un pouvoir d’attraction et de séduction plus fort encore que les autres années. Certes la Chine reste le dragon que l’on connaît, mais les difficultés qu’elle traverse en raison de sa perte de compétitivité dans le domaine de l’export, a laissé des espaces de développement à d’autres qui ont fort bien su saisir la balle au bond. La Malaisie est de ces pays qui, en un quart de siècle, est passée d’émergent à développé. Tout ceci suppose non seulement des ressources naturelles importantes, mais pas seulement. Il faut pour accéder à ce statut envié des infrastructures adaptées, mais aussi un tissu industriel moderne, une main-d’œuvre qualifiée, et une réelle appétence pour l’innovation. Tout ceci le pays le possède, ce qui lui a permis d’entrer dans e cercle très fermé des pays considérés comme les tigres de l’Asie. Cette position explique en grande partie, le succès que connaissent ses produits destinés à tous les secteurs de l’ameublement. Cependant que l’on ne s’y trompe pas, la compétition est rude sur ce continent qui reste encore très dynamique malgré les turbulences. Les autorités en sont bien conscientes, les industriels aussi, plus que jamais désireux de surfer sur cette dynamique. Quant à UBM qui préside aux destinées du salon, il va sans dire qu’ils sont plus que tout autre concernés et qu’ils ne sont pas près de s’endormir sur les beaux lauriers de cette belle édition 2016. n

Par Philippe Méchin

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