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International Furniture Fair Show 2016

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 6 septembre 2016. Posted in Salons 2016

20160906 iffs-logo20160826 partagerL’art et la manière

Fidèles à leurs principes, et en accord avec leur propre cahier des charges toujours plus exigeant, les organisateurs de l’édition 2016 du salon IFFS ont impeccablement rempli leur mission et rendu une copie parfaite à bien des égards. Ce devoir d’excellence permet ainsi à la plateforme singapourienne de garder une image et un prestige intact, face à une concurrence toujours aussi vive à cette époque de l’année. Pourtant ce n’est pas un chemin pavé de roses, comme nous allons le voir.

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Il est en effet clair que la bataille fait rage entre tous les rendez-vous dédiés au meuble, lesquels se succèdent de façon ininterrompue depuis les premiers jours de mars jusqu’au début du mois d’avril dans la région du Sud-Est asiatique. Malaisie, Indonésie, Vietnam, Thaïlande, Philippines, sans oublier, la Chine, cerise sur un gâteau, voilà un menu qui finit par devenir indigeste à la longue, tant pour les acheteurs que pour les exposants, lesquels finissent par y perdre leur latin, face à une offre aussi pléthorique. Où aller, que visiter, quel choix faire, lorsque l’on dispose d’un temps limité, telles sont les questions que se posent les premiers ? Quant aux seconds, ils se demandent s’ils ont opté pour la bonne plateforme pour présenter leurs nouveautés et innovations. Néanmoins, il existe heureusement des valeurs sûres, qui semblent prendre un ascendant quasi définitif sur leurs challengers et concurrents. C’est notamment le cas du rendez-vous singapourien. Au fil du temps, et de l’expérience, le salon IFFS, acronyme d’International Furniture Fair Show, s’est imposé dans plusieurs domaines. Ainsi, est-il acquis dans les esprits que la plateforme s’est hissée au sommet en termes de qualité d’exposants, de mise en scène des produits, de l’animation. Sur ce terrain, nul ne peut dans la zone géographique, s’entend, le concurrencer.

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Le quartier de la French Touch...


20160906 iffs-vinsonComme tous les ans, les organisateurs organisent un concours qui couronne les produits les plus innovants, les plus attrayants, les mieux finis, les mieux fabriqués, les coups de cœur. A cet effet, un jury, dont votre modeste serviteur fût un des membres, arpente les allées une journée entière, afin d’opérer une première sélection parmi toute l’offre. Sifas, Gautier et Ligne Roset, ont fait partie de la sélection finale dont le vainqueur fut Ligne Roset.


C’est donc Bernard Vinson, l’infatigable et enthousiaste Directeur export de Ligne Roset qui a eu l’honneur des feux de la rampe en remportant le premier prix.

Pourquoi d’ailleurs s’en étonner, connaissant l’environnement si particulier de la petite cité état, dont l’image de luxe, d’opulence, de dynamisme, rayonne toujours un peu plus dans le monde, sous l’impulsion de ses dirigeants politiques, bien sûr, mais aussi de tous les acteurs de tous les secteurs marchands et industriels, impliqués dans son développement économique. Dans ce contexte bien particulier, les organisateurs du salon, intimement liés aux instances professionnelles, du secteur concerné, en l’occurrence le Sfic pour le meuble dont elles sont l’émanation, ne laissent pas leur part aux chiens. S’il est une association qui brille par sa volonté de foncer, c’est bien celle-ci. En permanence, sur la brèche, à l’écoute de toutes les tendances, présente sur tous les grands salons professionnels de la planète, les instances aux commandes brillent par leur omniprésence sur tous les évènements. Tant et si bien que ce travail de fond permanent, leur permet d’être à l’écoute de la demande des entreprises qui souhaitent exposer sur leur salon, mais aussi d’observer toutes les nouveautés qui concernent la profession dans son ensemble, avec cependant une inclination marquée pour le design, qu’ils considèrent comme la vitrine de l’industrie du meuble. Quoi qu’il en soit, tous ces efforts ne sont pas vains, puisque le salon IFFS s’est hissé au niveau de rendez-vous de référence, dans la région, en se dotant d’une image en adéquation avec sa localisation géographique, et la notoriété mondiale de Singapour. En tout cas, le phénomène semble jouer à plein, soutenu par une cité qui ne manque jamais une occasion pour faire parler d’elle dans le sens le plus positif du terme.

20160906 iffs-roussinSingapour reste un rendez-vous  de qualité

Mobilium : Quel bilan tirez-vous de cette édition 2016 ?
Stéphanie Roussin : Je dirais que nous sommes moins enthousiastes cette année. Le salon n’a pas eu l’effet de levier escompté, même nous sommes toujours satisfaits des prestations des équipes organisatrices. Pourtant celui-ci est très beau, la qualité générale est au rendez-vous. Si les deux premiers jours ont été satisfaisants, nous regrettons que la fréquence chute au bout de deux jours.

Mobilium : Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Stéphanie Roussin : A mon avis plusieurs explications se superposent. Tout d’abord la chute des transactions immobilières suite à la décision du gouvernement d’éviter la surchauffe, laquelle se répercute sur les achats de meubles. Ensuite l’existence de deux salons qui se tiennent à peu près au même moment sur le territoire, contribue à diluer le visitorat, et enfin la multitude de plateformes sur la zone à ces dates, n’arrange pas les choses. Néanmoins la moitié de nos exposants ont réalisé malgré tout, de bonnes affaires. Singapour reste donc une place importante pour les entreprises qui ont une politique de marque haut de gamme.

Mobilium : Vous avez ouvert un autre front sur Dubaï ? Que pouvez-vous en dire ?
Stéphanie Roussin : En effet, nous avons exposé collectivement pour la première fois sur le salon Index, qui s’est tenu en mai dernier. Celui-ci se positionne entre un salon et une foire, puisqu’il est visité aussi par le grand public. L’offre moyenne/haut de gamme, se fédère largement autour de la maison. Nous avions 10 exposants français sur 400 m2 et cohabitions avec un pavillon luxe, organisé par Business France. Les participants étaient les mêmes qu’a Shanghai, et se sont avérés satisfaits à 80 %, avec de bons contacts. En tout cas, même si l’âge d’or de la région est révolu, les chantiers sont encore présents à Dubaï. Il y a surtout une appétence de consommateurs issus des classes moyennes. A noter également qu’en partenariat avec Business France, nous avons organisé une soirée plutôt réussie qui a réuni 80 personnes et 40 sociétés.

Mobilium : Vous reverra-t-on à Shanghai et dans quelles proportions ?
Stéphanie Roussin : Tout à fait. Nous restons fidèles à Furniture China, avec en principe le même nombre d’exposants que l’an passé.

Arrêts aux stands

Vent en poupe

Au-delà des clichés de propreté hors-norme de la ville, de sa sécurité absolue, qui sont au demeurant des réalités que tout visiteur ou touriste peut constater de visu au quotidien, l’image a terriblement évolué en l’espace de quelques années. Paradis avéré du business, et reconnu mondialement à cet effet, un autre chantier s’est ouvert, avec le plus grand des succès. En effet, les instances gouvernementales ont développé des efforts considérables pour le tourisme et les loisirs. Bonne pioche, puisque Singapour est devenue un haut lieu pour ces activités potentiellement appelées à un grand avenir. C’est ainsi qu’ont fleuri ces dernières années parcs de loisirs à succès, casinos, et hôtels de tous types, du plus « fun », au plus extravagant, au plus luxueux, à tous les prix, pour toutes les bourses. De plus, là l’heure ou les foyers de conflits locaux s’étendent sur la planète, la sécurité extrême de la place, contribue grandement à son attractivité, sans oublier une foultitude d’animations en tout genre, dont le célèbre grand prix de Formule 1 qui se déroule nuitamment au cœur de la cité constitue le pont d’orgue. Tout permet donc de parler de vent en poupe. Dans ces conditions, on ne peut plus favorables à bien des égards, il paraît acquis que tout salon qui s’y déroule, est destiné à connaître un grand succès. Ce n’est cependant pas tout à fait vrai. Il reste du chemin à faire, pour faire de Singapour, une terre de salons. Un des handicaps majeurs, trouve son explication pour une raison simple, à savoir le manque d’industriels locaux. La cité état n’est pas une terre d’accueil pour des fabricants, pour une raison déjà très simple, le manque de place. D’autre part, elle ne bénéficie pas de la proximité géographique d’un grand pays voisin, comme c’est le cas avec Hong Kong, qui profite à plein de son voisinage avec la Chine. Singapour, reste donc un cas à part au cœur du Sud-est asiatique. Cette spécificité, les organisateurs du salon IFFS, l’ont fort bien compris depuis longtemps. Ils savent aussi que leurs entreprises purement locales ne sont pas suffisantes, pour remplir les halls d’une plateforme professionnelle. Toutefois, si celles-ci sont peu nombreuses, elles sont suffisamment dynamiques pour créer et faire vivre un rendez-vous professionnel de haute tenue. A cet effet, elles ont notamment compris qu’il fallait un environnement évènementiel favorable pour créer l’engouement des visiteurs. Et c’est sur quoi, elles ont travaillé, et mis en place une animation qui a fait mouche immédiatement avec Singaplural.

Singapour, terre de design

C’est ainsi que pendant toute la durée du salon, la ville devient « terre de design ». Les créations les plus audacieuses dans le domaine du meuble et de la décoration s’exposent un peu partout, dans tous les quartiers, les boutiques et autres centres commerciaux. Cette design week est non seulement devenue un must professionnel, mais mieux encore une attraction supplémentaire, qui attire, suscite curiosité et intérêt de la part des touristes de passage. Dans le domaine de l’imagination, les organisateurs sont allés très loin, puisque le très célèbre et ancien commissariat de police, marqueur historique de la ville, est devenu le lieu incontournable du design. Ses fameuses geôles, qui ont accueilli, des « invités » qui ne souhaitaient pas l’être, sont devenues le réceptacle du savoir-faire des designers locaux de tous types, qui y exposent le fruit de leur imagination, créées sur place le plus souvent, puisqu’y sont installés de nombreux ateliers, à cet effet. Il faut savoir également que ce lieu mythique, est également l’endroit choisi par les organisateurs pour toutes les réceptions et remises de prix, pendant cette désormais fameuse design week.

Une offre à la hauteur ?

Au-delà de tous ces rendez-vous, que dire cependant du salon proprement dit ? Tout d’abord, et c’est le principal, il a parfaitement tenu son rôle, dans tous ses fondamentaux. L’offre notamment a été parfaitement à la hauteur de ses objectifs, en termes qualitatifs. C’est ainsi que comme les 423 exposants venus de 29 pays, ont tous contribué à sa haute tenue de par le niveau de qualité des nouveautés et innovations proposées, tant et si bien que le salon semble dans ce domaine, être définitivement le rendez-vous du haut de gamme, ou plutôt de ce qui se fait de mieux en termes d’élégance, et de niveau supérieur de fabrication, dans le domaine du meuble, sur la région, Chine incluse. Toujours est-il que celui-ci a attiré exactement 20 343 visiteurs venus de 92 pays, incluant notamment une impressionnante délégation d’acheteurs, forte de 87 membres. Tout ce petit monde, a pu découvrir, comme d’habitude la fameuse offre tricéphale déclinée sous les vocables International Furniture show Singapore/33e Asean Furniture Show, qui constituent le corps de l’offre, accompagnée comme d’habitude par The Decor Show, réservée aux professionnels de l’hôtellerie. Cependant s’est invité un nouvel occupant, avec la présence d’un quatrième larron nommé FurniPro Asia, qui n’est jamais que la variante locale du célèbre salon Interzum, propriété de Koelnmesse, avec qui un partenariat a été mis en place, selon une présence de cette offre spécifique via un rythme bisannuel. Quoi qu’il en soit, les organisateurs affichent la satisfaction d’avoir enregistré une progression de l’ordre de 8 % en termes de visitorat par rapport à l’an passé. Mieux encore, les exposants ont constaté un très bon mix entre les divers corps de métier à avoir fait le déplacement. Ainsi, se sont côtoyés durant ces journées revendeurs et détaillants, importateurs, distributeurs, agents, acheteurs spécialistes en contract business, en commerce en ligne, pour les plus nombreux et les plus représentatifs. Cette large palette est le résultat d’un large travail de recrutement en amont du salon. Dans ce contexte somme toute plutôt favorable, on ne put que regretter que Maison & Objet Asia ne se soit pas joint à la fête. Pour des raisons qu’il ne nous appartient pas de commenter, la version asiatique de notre grand salon national de la maison et de la décoration, fait bande à part quelque part, dans les sous-sols du complexe du Marina Bay Sands proche du centre ville, créant ainsi une concurrence par forcément positive en ces temps délicats ou trop de salons finissent par tuer les salons. Quel est le pourcentage en termes de préjudice pour l’un et l’autre, difficile de le dire ? Toujours est-il que même s’ils s’en défendent, ils se rencontrent sur le même créneau. Même si Maison & Objet Asia se positionne sur une offre ultra luxe, il est clair que les organisateurs du rendez-vous IFFS ne crachent pas dessus non plus. En tout cas deux évènements se tenant quasi simultanément en même temps n’est pas une bonne chose, à Singapour, sous-dimensionnée sur le plan territorial et démographique. Tout ceci est d’autant plus dommage, que la plateforme IFFS s’est définitivement positionnée comme la seule plateforme dédiée aux produits situés en haut de gamme dans son univers. Personne à ce jour ne peut lui contester cette position acquise de haute lutte, dans un environnement ultra concurrentiel. A cet effet, les organisateurs ont pris de risques pour imposer un concept, au cœur d’un continent ou le duo Sourcing/prix reste un des motifs d’attraction pour les acheteurs internationaux. En tout cas, les équipes aux commandes de la plateforme ont bien intégré ce paramètre en hébergeant des entreprises qui proposent un mix qualité/prix très raisonnable. Que dire encore de la struc­ture de l’offre à propos de cette édition 2016. Une fois encore l’outdoor semble occuper la majorité de la surface d’exposition, avec de très beaux produits. La décoration et le petit meuble meublant se parent des couleurs et formes vintage, façon années 50/60 à la mode occidentale. Ce phénomène que l’on constate un peu partout ne semble pas près de s’éteindre, pas plus que l’omniprésence du bois sous toutes ses essences, ses formes, ses couleurs. Le respect environnemental ; l’écologie, le développement du­rable, sont tellement passés dans les mœurs qu’il n’est même plus besoin de le souligner. Voilà en gros les tendances, que l’on retrouve finalement aussi sous nos latitudes. Rien d’étonnant à cela puisque la majorité des exposants est à vocation exportatrice pour un salon qui se veut international.
A ce sujet, saluons comme il se doit la présence d’un village Français grâce une fois de plus au Gem, qui soutient nos exposants tricolores venus se frotter à l’export. Ils se nomment Gautier, Sifas, Ligne Roset, et Alki, PME originaire du Pays basque. Les quatre premiers sont des habitués de ces rudes challenges qu’ils relèvent avec constance, clé de leur réussite.
Enfin, comment ne pas souligner, l’omniprésence du design, considéré par les organisateurs comme un élément essentiel à la bonne tenue de leur salon. A cet effet ils n’ont pas lésiné sur les moyens, notamment avec diverses animations nommées Tree of Influence, ou bien encore Pyramid of notion, et le repositionnement de ce qu’ils nomment la Piazza Hall. Indéniablement, l’édition 2016 du salon IFFS, est un bon cru. Forts du savoir-faire et du savoir recevoir, les organisateurs ont su conjuguer avec élégance, l’art et la manière. Pourtant rien n’est simple pour eux. Entre les différents salons concurrents qui se tiennent quasiment tous en même temps, dans la même région la bataille est rude. Mais c’est probablement de tous ces combats à mener que les équipes aux commandes tirent leur énergie. Toujours est-il qu’elles sont déjà en ordre de bataille pour l’édition 2017. Ainsi va la vie à Singapour.

Par Philippe Méchin

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