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9e Biennale Saint-Etienne 2015

Écrit par Noémie MARTIN on 10 avril 2015. Posted in Idées & matières 2015

Capitale mondiale du design pendant un mois

Pendant 33 jours, du 12 mars au 12 avril 2015, la cité stéphanoise rassemble tous les talents du design hexagonal et mondial. Pour cette 9e édition, 26 commissaires et scénographes livrent leur appréhension du beau dans notre monde industrialisé et globalisé. Cette thématique, « les sens du beau », se déclinera au travers d'une soixantaine d'expositions et d'évènements (conférences, colloques, tables rondes, forums), implantés dans des lieux emblématiques de l'agglomération, en programmation In et Off, notamment à la Cité du Design. Seule française du réseau des 11 villes créatives institué par l'Unesco, Saint-Etienne s'impose sur la scène internationale comme une locomotive de l'univers du design.

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« Vous avez dit bizarre » - Maarten De Ceulaer - Mutation Series - Nico Neefs.


 

Qu'est-ce que le beau ? Une question simple et pourtant épineuse à laquelle les plus grands philosophes se sont heurtés, de l'Antiquité à nos jours. Les commissaires généraux de la 9e Biennale de design de Saint-Etienne ont pourtant décidé de relever cet immense défi. Aucune réponse unanime ne peut à l'évidence être apportée, ils ont donc opté pour un kaléidoscope d'approches, une pluralité de formes et d'expériences issues d'univers culturels et de savoir-faire différents, mais complémentaires. Une trentaine de professionnels, designers, artisans, industriels, proposeront des projets et visions déclinant à l'envi « les sens du beau ».  « Il s'agit d'un thème agité et audacieux. C'est peut-être aussi celui sur lequel tout le monde a un avis et sur lequel il ne faut plus redouter de se pencher, professe Benjamin Loyauté, Co-commissaire général de l'évènement avec Elsa Francès. Le beau se stabilise en fonction de critères de temps, d'espaces, d'éducation, de société, de contextes, c'est dire combien il est mobile. Il taquine les modèles précaires de la norme et du canon. » Il faut avouer que dans nos environnements urbains, la beauté éprouve parfois quelque difficulté à se frayer un chemin parmi les blocs de béton. Aux designers d'y parvenir en se singularisant par leur identité.

Créations...

Le design accessible à tous

Pour cette 9e édition, l'ensemble de l'agglomération a été mis à profit. La programmation s'ancrera tant à la Cité du Design et sur le site de la Manufacture qu'à la Bourse du Travail, à l'Office du Tourisme et dans tous les grands musées de la ville. La Région Rhône-Alpes est aussi sollicitée puisqu'elle accueillera, à Lyon, son propre plateau, et participera aux festivités Off via le Pôle métropolitain, entre autres.
En 2013, 140 000 visiteurs s'étaient pressés aux différentes animations proposées par la Biennale. L'évènement cible cette année encore une foule hétéroclite de professionnels et d'étudiants, d'amateurs et de néophytes, de designers et d'industriels, de Français et d'internationaux. La programmation a été dictée, selon Benjamin Loyauté, par une « volonté d'être dans l'expérience, dans l'émotionnel, et non dans le didactique ». C'est sous l'impulsion de l'Ecole supérieure d'art et design de Saint-Etienne (ESADSE) que la Biennale est née en 1998, ses étudiants y jouent donc un rôle prépondérant (conférences, expositions, mais aussi conception et montage). Lors de l'édition précédente, 15 000 scolaires avaient été accueillis. Cette année, le jeune public appréciera sûrement La Parade de design, création iconoclaste à la croisée du carnaval et de la fanfare qui précède l'inauguration officielle inventée par les étudiants de l'ESADSE, mais aussi Le Bestiaire, une collection de déguisements qui propose aux enfants de se glisser dans la peau d'animaux en tous genres.
Le monde économique n'est pas en reste. Du 30 mars au 5 avril, dans le cadre de la 5e Se­maine de l’Industrie, une semaine complète nommée Biennale to Business sera consacrée au public professionnel, cible prioritaire de la Biennale. Par ailleurs, un appel à projets a été lancé, baptisé Banc d'essai. Il donne l’occasion aux concepteurs designers, entreprises et maisons d’édition de tester, grandeur nature, leur imagination et leur production d’objets urbains, de confronter ces prototypes à l’espace public et de les livrer à l’expertise des usagers.
Le site de la Manufacture accueillera également les Labos, « seul endroit où on dit aux visiteurs de toucher », dixit les organisateurs, où une trentaine de grandes entreprises, PME, et pôles de compétitivité expérimenteront de nouveaux produits et services, fidèles à un processus d'innovation. En ville, le même esprit animera des Labos express et des interventions flash.

Une édition résolument internationale

La Corée est l'invitée d'honneur de cette 9e édition. Kyung Ran Choi a imaginé une exposition centrée sur le renouveau de l'artisanat coréen, entre savoir-faire industriels et traditionnels. Le musée d'Art moderne et Contem­porain de Saint-Etienne Métropole accueillera les œuvres de la sculptrice coréenne Lee Bul ainsi que le projet croisé des deux designers coréens Seung-Yong Song et Hye-Yeon Park. A cette occasion, le site de la Manu­facture intègrera un univers coréen, agrémenté d'un pop-up store dédié aux produits des designers séouliens, Séoul s'étant également vu décerné le statut de ville créative par l'Unesco. La librairie présentera une sélection sur le design en Corée. 11 autres commissariats internationaux (Japon, Italie, Belgique, Etats-Unis, Grande-Bretagne, etc.) présenteront également leurs œuvres.

Le design, miroir des mutations sociétales et technologiques

En questionnant notre quotidien, les commissaires veulent donner à réfléchir sur « les transformations et mutations de la société, l'évolution des technologies, la raréfaction de certaines matières (imposant) à l'industrie du design de nouvelles exigences ». L'exposition No Random­ness (Oscar Lher­mitte) met ainsi en valeur la beauté et les qualités des normes, systèmes et produits industriels dont la présence et l'activité dans notre environnement sont de grande importance. L'exposition Serial beauty (Giovanna Massoni) présente quant à elle un panel de produits de design industriel « qui témoignent du lien nécessaire entre diversité et sérialité, régionalisme et mondialisme, acte créatif et industrie. » Quant au commissaire général, Benjamin Loyauté, il se pose en designer/philosophe qui explore au travers d'Hypervital la capacité du design à transcender le fatalisme et le catastrophisme am­biants, en se détachant « des certitudes et des modèles dont le monde est pétri pour renouer avec l'humain ».
Installations lumineuses, manipulations de matières et de matériaux, ateliers de verrerie... autant de propositions protéiformes du design, au-delà de l'esthétique. Gestes, techniques et savoir-faire se perpétuent et se réinventent grâce à la curiosité et à la créativité des designers. La biennale fera également la part belle au numérique, en s'appuyant sur ces quelques outils addictifs qui ont envahi l'espace public et privé, pour questionner leur place et le rapport que l'usager entretient à leur égard.  Au-delà de cette programmation In, une trentaine de projets seront présentés en Off, dans toute l'agglomération stéphanoise et lyonnaise.
Visites guidées, bus magique, opération pleins phares, parcours de nuit en ville en hommage à l'année internationale de la lumière qu'est 2015,... le programme est bien trop chargé pour tout lister de façon exhaustive ! Mais retrouvez toutes les animations sur www.biennale-design.com

Noémie Martin