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Journée « Fibres » de l'unama

Écrit par Jeffrey BEVILACQUA on 13 juin 2018. Posted in Fabricants 2018

Des mutations mises en lumière

Le 31 mai dernier, l’Unama a organisé l’événement « Fibres », afin de donner la parole aux professionnels de l’artisanat et de l’art de l’ameublement. Ceux-ci ont pu échanger et apprendre, aux côtés d’autres professionnels.

Par Jeffrey Bevilacqua

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« Avoir la fibre, c’est tisser des liens et monter des projets ensemble », définit avec ses mots Yves Roche, Président de l’Unama (Union Nationale de l’Artisanat des Métiers de l’Ameublement). Cette organisation, qui représente 24 700 entreprises artisanales, a convié ses adhérents à Nantes, lors de l’événement Fibres, une journée de rencontres professionnelles. Étaient présents, une centaine d’artisans et d’apprentis, qui pouvaient être mis en relation lors de cette journée dédiée au partage d’expérience. « C’est une rencontre hors des sentiers battus. Elle nous permet de partager nos connaissances et nos expériences, afin de nourrir notre avenir professionnel », a poursuivi Yves Roche.
Deux grands thèmes ont été abordés lors de cette conférence, qui s’est déroulée sous la forme d’une table ronde : l’économie circulaire et la transition numérique. « Projeter son métier dans l’avenir, sortir du cadre, et identifier les mutations sont les variables à transmettre aux jeunes », a déclaré Philippe Dresto, Directeur de l’animation du devenir des métiers chez les Compagnons du Devoir, partenaire de l’événement. Cette journée était donc tout à fait légitime.

« Le mot déchet doit disparaître »
Au cœur de cette matinée, le commerce circulaire. Malgré la loi de transition énergétique et les 50 propositions de la feuille de route de l’économie circulaire, de gros progrès restent à faire, pour préserver l’environnement, en réutilisant les déchets. D’ailleurs, « le mot déchet doit disparaître », pour Florence Presse, Consultante en économie circulaire et numérique chez Sinopé Conseil. Pour cela, elle détaille plusieurs solutions : « Il faut que les entreprises s’approvisionnent le plus localement possible et, surtout, qu’elles pratiquent l’éco-conception, c’est-à-dire qu’un produit doit être conçu avec un plan, pour lui offrir une deuxième vie. De plus, il faut mettre en place une écologie industrielle et territoriale, pour que les acteurs économiques d’une même zone puissent coopérer pour faire des achats ou mutualiser les ressources, par exemple ».
Des solutions favorisant l’économie circulaire sont mises en place dans d’autres pays. Malgré sa très mauvaise réputation, la Chine a installé bon nombre d’écoparcs (un territoire qui offre la possibilité à des acteurs économiques d’échanger les stocks et flux de matières, ainsi que les flux d’énergie et les flux d’information). Son voisin japonais lance la production de produits, en respectant les 3R : Réemploi, Réparation et Réutilisation. Ces trois notions permettent d’offrir une seconde vie aux produits et doivent être distinguées du recyclage, qui est le fait de remettre sur le marché de la matière. Enfin, les Pays-Bas mettent en place des concours, afin de valoriser, auprès du Grand Public, les produits les mieux éco-conçus.
C’est d’ailleurs de ce genre de pratiques que pourrait s’inspirer la France, pour passer un cap dans l’éco-conception. « Le secteur de l’ameublement est paradoxal car l’éco-conception est connue du milieu. Pourtant, il est compliqué de la valoriser économiquement », regrette Émilie Bossane, Consultante QSE et développement durable au FCBA. C’est, d’ailleurs, à ce sujet qu’un échange tendu a eu lieu entre Eric Weisman, Directeur du développement et de l’innovation chez Eco-mobilier, et une artisane. Cette dernière lui a reproché des taxes non proportionnelles, entre les artisans et les gros fabricants : « Nous, artisans, nous souffrons de la non-valorisation des produits conçus de manière écologique, à l’inverse des gros industriels ». Cette journée a alors pris tout son sens. C’était un lieu d’échange, où les acteurs de la profession ont pu discuter de leur métier.

Le numérique au cœur du métier
La transition numérique faisait pleinement partie de ces discussions. « Le maitre mot est de rassurer. Le monde va plus vite et nos nouvelles méthodes de travail, établies avec les outils numériques, peuvent faire peur », a déclaré Samuel Richard, Directeur adjoint chez Afpia Solfi2a. Son entreprise développe une offre de services transversale aux marchés de l’Aménagement de l’habitat : formation, innovation et accompagnement aux mutations du métier. Outre les outils numériques, bon nombre de changements viennent bouleverser les tendances. Avec l’explosion du DIY (Do It Yourself), « les tutoriels sur internet jouent un rôle principal », estime Samuel Richard. Hormis le DIY, également facilité par les Repair Café, Pierre-Eloi Bris, Chargé de design et de production mobilier chez Pierre Yovanovitch Architecture d’Intérieur, a observé plusieurs tendances qui éclosent sur le marché : « De plus en plus de sites permettent de concevoir des meubles sur mesure. Ces derniers ont pris les codes du e-commerce, avec des délais de livraison très faibles ». Les open-sources (connexion avec un réseau de fabricants locaux), les assemblages facilités ou encore les scan 3D et les algorithmes sont les tendances qui envahissent le marché d’aujourd’hui, et qui dicteront celui de demain.
Ainsi, les jeunes artisans sont d’ores et déjà formés à ces outils numériques. L’université de Nantes a même créé un diplôme pour les projets d’entreprises qui incluent des outils numériques. « Nous mettons en place beaucoup de formation. Les jeunes veulent utiliser ces outils, mais ils ne souhaitent surtout pas renier le travail manuel et traditionnel. Ils sont demandeurs de conserver les anciennes méthodes », assure Laurent Neyssensas, Directeur adjoint en charge de l’innovation et de la prospective, à l’école de design Nantes Atlantique. « Avant, nous parlions de “révolution numérique”. Aujourd’hui, nous parlons de “transition numérique” ».
Cette transition est loin d’être achevée, mais elle a pu être exploitée lors de la 2e partie de la journée. Celle-ci invitait les participants à l’événement Fibres, à utiliser leurs savoir-faire et les outils numériques. En équipe, ils ont pu concevoir un objet, en mettant à profit les sujets abordés précédemment. Après la parole, la pratique.

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