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Economie mondiale - Jean-Marie Boussemart

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 19 mars 2019. Posted in Ecotendances 2019

Etude JMB Consult - Deux géants face à une Europe affaiblie

L’Europe, elle, semble s’enfoncer dans une crise sans fin... Que nous réserve donc cette année 2019 ? C’est comme d’habitude vers Jean-Michel Boussemart, ancien Dé­­légué général Coe-Rexecode, aujour­d’hui économiste indépendant dont les analyses toujours pertinentes nous éclairent sur ces chemins tortueux et les méandres si complexes des relations économiques mondiales que nous nous sommes tournés. Quoi qu’il en soit, rien n’est simple en ce bas monde, c’est un euphémisme que de l’affirmer.

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Jean-Michel Boussemart, Economiste indépendant JMB Consult, ancien Délégué général de Coe-Rexecode.


En effet, quel que soit le côté de la planète vers lequel on se tourne, les zones de danger ne cessent de se multiplier ! Passons sur les conflits armés qui pour l’instant semblent cantonnés vers le Moyen-Orient, avec les conséquences que l’on connaît depuis des décennies en raison de la situation géographique et surtout de l’énergie fossile qui s’y trouve. Ne négligeons pas cependant un conflit larvé entre l’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires dont on ne sait jamais si elles ne vont pas dégénérer, même si des signes de détente se manifestent. Au-delà de ces évènements, Jean-Michel Boussemart considère que le nœud gordien se situe au niveau d’une guerre commerciale en gestation, faute d’un accord entre Les Etats-Unis qui affichent une santé insolente et une Chine qui connaît quelques ratés dans le moteur surtout au niveau des exportations. Ratés qu’il convient cependant de relativiser lorsque l’on connaît le niveau de croissance de l’Empire du Milieu, aux alentours de 6,5 % dopé par une consommation interne toujours très dynamique. Il n’empêche, ce ralentissement, qui semble se confirmer, inquiète. Il ne faudrait pas que cette décélération s’amplifie, au risque de provoquer une crise financière potentielle, mais surtout, elle pourrait déstabiliser dangereusement un pays qui par le passé a démontré qu’il est capable de soulèvements et de troubles d’une autre envergure que celle de nos gilets jaunes. Pour l’instant la Chine n’en est pas là, loin de là. Ses dirigeants ont surtout la volonté d’appuyer sur l’accélérateur pour prendre aux USA le leadership mondial dans tous les domaines. Le problème, c’est qu’ils s’attaquent à un très gros morceau qui n’a pas l’intention de se laisser faire, tant s’en faut. C’est même tout le contraire, puisque c’est Donald Trump, lui-même, qui a sonné la charge et déclenché les hostilités en brandissant la menace de barrières douanières toujours plus sévères à l’égard d’un pays qui n’a jamais respecté les règles du commerce mondial. La colère du président américain va même plus loin, puisqu’il déclare appliquer ces mesures protectionnistes à l’égard de tous les pays exportateurs, donc aussi de l’Europe, ce dont le vieux continent n’a vraiment pas besoin par les temps qui courent. Certes, dans tous ces avertissements, faut-il y voir une sorte de provocations, voire de rodomontades. Néanmoins, il ne faut rien sous-estimer. Donald Trump n’a que faire des précautions du langage diplomatique. Son objectif majeur est de se faire réélire et rien ne l’arrêtera, d’autant plus que les résultats de sa politique sont concrets, avec notamment une baisse spectaculaire des impôts sur les ménages et les entreprises, une croissance qui ne faiblit pas avec un chômage au plus bas. Dans ces conditions, le slogan America First a de quoi séduire les électeurs, et ce d’autant plus que l’Europe ne cesse de se débattre dans des soucis et querelles voire un certain marasme que l’hôte de la maison blanche regarde avec condescendance et mépris ouvertement affichés. Le véritable ennemi déclaré c’est la Chine. Néanmoins, tout n’est pas parfait au pays de l’oncle Sam, tant s’en faut avec un déficit qui ne cesse de creuser.

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America first
Ainsi va cette Amérique qui reste au firmament de la compétition mondiale, et que les difficultés ne font qu’effleurer. Pourtant, il n’est pas si loin le temps où les marchés financiers redoutaient que l’économie américaine et mondiale ne bascule dans la récession. Cela se passait fin 2018. Il n’en reste pas moins vrai que, malgré ce pessimisme injustifié, l’économie mondiale ralentit. Reste donc cette exception américaine qui aligne des taux de croissance soutenus, avec ce bémol récent au dernier trimestre de l’année passée, qui peut cependant s’expliquer par le très long Shutdown qu’a connu le pays. Les moteurs de cette croissance sont bien connus. Il s’agit de la consommation des ménages et l’investissement des entreprises. La première reste soutenue avec un marché de l’emploi très florissant, ce qui implique une distribution de revenus et de salaires, grâce notamment à une forte baisse d’impôts mise en place par l’administration Trump. La dette des ménages continue de se réduire, la valeur de leurs actifs grâce à la bourse a grimpé au même titre que la valeur des actifs immobiliers. Tout ceci fait que lorsque l’on fait l‘équation valeur des actifs moins valeur de la dette, rapporté aux revenus disponibles, le ratio n’a jamais été aussi haut depuis 1952 ! Du côté des entreprises, ajouté aux taux de marge largement supérieurs à la moyenne historique, s’est accompagnée une baisse drastique des impôts. Le poids de l’impôt dans la valeur ajoutée des sociétés non financières est au plus bas depuis au moins 40 ans. Aussi lorsque l’on regarde les bilans de ces entreprises, en considérant la valeur de leurs actifs moins la valeur de leur dette rapportée à la valeur ajoutée annuelle, la situation est également au plus haut depuis 1952. Il est donc permis d’imaginer que la croissance des investissements des entreprises va rester soutenue, les besoins sont là, et tout laisse imaginer que ce n’est pas demain la veille que l’Amérique va retomber en récession. Reste l’inconnue de la guerre commerciale avec la Chine, dont rien ne laisse à penser qu’elle va dégénérer, puisque les deux superpuissances ont tout intérêt à s’entendre, sachant en plus qu’il existe un déficit commercial américain avec l’Empire du Milieu qui n’est pas soutenable, ce que les Chinois ont fort bien compris. Au-delà des effets de manche et des déclarations, il est donc permis d’imaginer une certaine accélération des importations chinoises de produits américains, accompagnée d’une certaine appréciation du Yuan vis-à-vis du dollar. Par conséquent la raison devrait l’emporter au-delà des emportements entretenus par nombre de médias.

La chine freine, le Japon rame
Du côté chinois, il faut bien voir qu’il y a eu un ralentissement de la demande intérieure provoquée par un durcissement de la politique monétaire, afin de contrer le risque d’un surendettement financier lequel existe toujours mais est maîtrisé par les autorités. La consommation des ménages ralentit, mais vu le rythme affolant où elle allait, il fallait bien qu’elle se calme. Néanmoins lorsque l’on voit que les ventes au détail ont progressé de 9 % sur un an, quand en plus on voit que l’investissement fait du 7 %, que le PIB fait du 6,5 %, il faut savoir raison garder. Il reste cependant que depuis l’entrée dans L’OMC, la Chine ne peut plus faire les gains colossaux qu’elle faisait à l’exportation. Donc, dans un contexte international perturbé par les décisions américaines, par les ralentissements japonais, européens, celles-ci ne sont plus le fer de lance de la croissance du pays. Elles restent cependant à très haut niveau. En effet, la Chine n’a pas perdu de parts de marché, mais elle n’en gagne plus, ce qui fait que sa croissance est de plus en plus tirée par le marché intérieur, ce que les autorités souhaitent. Et lorsqu’on regarde le niveau d’équipement des ménages par rapport aux standards américains ou européens, il reste encore de la demande potentielle à venir pour les 10 ans qui viennent.
Concernant le Japon qui reste malgré tout la troisième puissance mondiale, la croissance sur les 4 derniers trimestres connus à fin 2018, est nulle. Il ne faut cependant jamais oublier que le pays doit toujours être analysé en tenant compte de la variable démographique. La population baisse et vieillit. Par conséquent, elle ne peut pas avoir un dynamisme de consommation, d’investissements en logements, etc. Même si ses exportations sont plafonnées comme celles de la Chine en raison de la baisse du commerce mondial, il ne faut pas oublier que le chômage est au plus bas, avec une explosion de l’emploi qui se poursuit. Celle-ci a été rendue possible par les décisions du gouvernement Abe, prises fin 2012, destinées à favoriser le travail des femmes et des personnes âgées qui ne fait que progresser. Du côté des entreprises, on constate que malgré une croissance nulle, elles investissent, et constituent l’élément moteur de la demande intérieure. A ceci une explication. Malgré les emplois créés à l’attention des femmes et des seniors, le pays connaît cette baisse de la natalité qui fait qu’elles investissent en robots. Afin de pouvoir produire. Avec une économie au bord de la dépression, une inflation quasi nulle, le pays ne put faire autrement que de maintenir ses taux d’intérêt à zéro, spoliant ainsi l’épargnant japonais. Si le gouvernement laissait les forces du marché agir normalement, et comme le pays possède un excédent extérieur considérable, en raison des intérêts et dividendes de tous les capitaux qu’il a prêtés au monde depuis 30 ans, le yen monterait mécaniquement et précipiterait le pays en déflation. Aussi ceux-ci ne rapportant rien, ils restent à l’extérieur, ce qui fait du pays un grand fournisseur de liquidités pour le reste du monde. Pour cette raison, et aussi grâce à ses grandes entreprises qui restent performantes. Le pays reste donc un acteur important de l’économie mondiale.
Quelques mots sur l’Inde qui commence à compter dans l’échiquier mondial, depuis déjà un certain temps. Néanmoins le pays souffre encore de beaucoup de déséquilibres qui font que sa situation n’est pas celle de la Chine. Pour cela, il faudra attendre. Mais avec une population formée, jeune, maîtrisant l’anglais et une démographie dynamique le pays a des atouts. Reste le problème des infrastructures quasi inexistantes. Il n’en demeure pas moins que c’est un acteur à venir avec lequel il faudra compter.

L’Allemagne n’est plus si fringante
Venons-en au sujet qui fâche, à savoir l’Europe. Si on la prend dans son ensemble, celle-ci a connu une accélération de la croissance en 2017 et tout le monde de penser que nous étions enfin sortis du trou. Seulement, patatras celle-ci a de nouveau ralenti en 2018. Ainsi sur la période récente dans la zone Euro, celle-ci ne dépasse pas 1 %, avec une Allemagne pénalisée par le fait qu’elle subit le ralentissement de ses exportations, dues au ralentissement du développement du commerce mondial. Tant et si bien que la croissance allemande doit être à nouveau tirée par la demande intérieure, mais celle-ci est anémique en raison des problèmes de baisse de la démographie que connaît le pays, sachant que les flux migratoires qui avaient apporté une certaine dynamique dans la consommation et l’investissement logement se sont nettement tempérés. De plus, plane la menace de taxes sur les exportations aux USA, notamment dans le domaine de l’automobile. Il faut en effet savoir que parmi les déficits bilatéraux qu’affiche la balance commerciale américaine, que surveille Mr Trump, l’Allemagne arrive en troisième position derrière la Chine et le Mexique. D’autre part, s’il est permis de louer l’excédent extérieur monumental allemand, celui participe aussi au désordre mondial. En effet, il faudrait que cet excédent leur permette de doper leur croissance. Ainsi, ils devraient investir dans les économies à bout de souffle que sont la France et surtout l’Italie, en récession. Seulement ils ne veulent pas déséquilibrer leurs comptes publics ce qui se respecte après des années d’efforts de restauration. De plus comme ils savent que leur population va vieillir, ils se disent que les dépenses vont exploser dans les années à venir. Ils se sont donc si bien préparés que la dette tombera en 2020, à 60 % du PIB, alors qu’elle était il y a quelques années au même niveau que la France, à savoir aux alentours de 90 % ! Elle a en plus, bien profité comme tout le monde d’ailleurs, de la baisse de la charge des frais financiers conséquence de la politique à taux zéro pratiqué par la BCE. Il n’en reste pas moins vrai que si le commerce mondial venait à imploser, ce qui est cependant peu probable, cela aurait des conséquences très négatives pour nos voisins outre-Rhénans. Avant de passer à la France, regardons ce qui se passe dans notre entourage proche.

Pas brillant du tout pour l’Italie, du mieux pour l’Espagne, le flou pour le Royaume-Uni
Pour l’Italie, ce n’est vraiment pas bril­lant, puisque le pays est en quasi-récession. Ainsi le PIB qui était de 100 en 2008, est passé en 2018 à 95/96. Ceci exprime les conséquences de la non-compétitivité de l’industrie italienne. L’économie du pays est plombée par sa dette et ses déficits publics, sans oublier les poids du sud du pays dans cette situation. Et pour tout arranger, la démographie est catastrophique. L’Espagne qui a connu aussi des difficultés énormes va mieux. Le PIB a dépassé son point haut de 2008. Le taux de chômage continue de baisser, ce qui n’est pas le cas en Italie. Il n’en reste pas moins que le gouvernement espagnol a fort à faire avec ses problèmes géopolitiques internes, et surtout la volonté de partition de la Catalogne. Quant à sa dette, elle commence à reculer. Reste un autre problème de taille, c’est celui du Royaume-Uni. En cas de Brexit dur, l’asymétrie sera évidente. Ainsi, lorsque l’on regarde du côté des échanges avec l’Union européenne, les importations britanniques représentent 16 % du PIB, celles de l’UE venant de la Grande-Bretagne n’en représentent que 2 ou 3 %. Ce Brexit coutera à tout le monde mais beaucoup plus au Royaume-Uni qu’au reste de l’Europe. La morale de cette histoire, c’est que dans un monde où deux mastodontes se disputent le leadership en embuscade, L’Europe se divisant court au suicide.

La France l’autre grand malade de l’Europe
Finissons ce tour d’horizon avec la France, l’autre homme malade de l’Europe. Les recettes pour guérir le pays sont bien connues depuis longtemps. Celui-ci souffre d’un excès de dépenses publiques entrainant un excès de prélèvements obligatoires qui découragent le travail. Nous continuons en plus de manquer de compétitivité à l’exportation qui fait que notre balance commerciale reste négative, à concurrence de 1 à 1,5 % du PIB si l’on intègre les services. Nous souffrons de phénomènes plus structurels que conjoncturels. Certes, nous avons des entreprises performantes notamment dans le domaine des technologies du futur. Nos grands fleurons industriels marchent bien au plan mondial. Seulement 25 % des salariés sont employés dans l’administration, ce qui est beaucoup trop. Par conséquent, le poids des dépenses publiques est de 57 % du PIB, tandis que la moyenne européenne est inférieure à 50 %. Tout ceci fait que nous avons une large part de la population qui souhaite être protégée par l’état. Nous en voyons les conséquences aujourd’hui. Ce qui est vraiment désolant, c’est que nous avons tout ce qu’il faudrait pour pouvoir sortir de cette situation. Il y a de l’inventivité, de la création, dans notre beau pays. Hélas, la non-compétitivité de la masse salariale française est aussi la conséquence de charges sociales payées par l’employeur, lesquelles sont les plus élevées d’Europe. Heureusement tout n’est pas complètement négatif. Certaines mesures ont été prises, comme celles flexibilisant le marché du travail qui vont dans le bon sens. Ce qui fait vraiment défaut, c’est l’absence de mesures drastiques pour réduire le poids de la sphère publique. Lorsque l’on regarde les 4 postes de ces dépenses, à savoir celles de fonctionnement, de prestations et d’interventions donc de redistribution, d’investissements et frais financiers. Celles d’investissements sont au plus bas. On a donc sabré. Les frais financiers baissent en raison des taux d’intérêt à zéro. Les dépenses sur lesquels il faut intervenir sont celles de fonctionnement, afin de rendre l’administration plus efficace et celles de redistribution.

Voilà en gros l’état des lieux. Il est acquis que le combat des titans entre les Etats-Unis et la Chine aura lieu. Le tout est de savoir si l’un et l’autre sauront ne pas aller trop loin. Pour l’instant, à l’heure où nous écrivons ces lignes, il semble que la raison l’emportera, même s’il ne faut jamais exclure un dérapage dont les inconnues géopolitiques peuvent influer. Finalement le gros problème c’est l’Europe. Au-delà des problèmes économiques inhérents à chaque pays, elle apparaît divisée sans idées, sans projet et cela, elle risque de le payer très cher dans un tel contexte aussi rude.

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