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Situation mondiale 2017 et perspectives économiques

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 4 juin 2018. Posted in Ecotendances 2018

Une embellie durable ?

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Divine surprise ou retour durable à des jours meilleurs, toujours est-il que notre vieux pays se porte mieux, avec une croissance plus forte qu’annoncé, un chômage enfin en baisse, et un moral bien meilleur tant de la part des ménages que des patrons...

Par Philippe Méchin

Toujours est-il que ces bonnes nouvelles ne pouvaient pas mieux tomber pour notre président Macron, fraîchement élu. Pour autant, la France est-elle sur la voie de la rédemption ? A-t-elle vaincu ses vieux démons, et surmonté ses graves handicaps de compétitivité ? Il y a loin de la coupe aux lèvres, comme continue de le marteler Jean-Michel Boussemart, Expert économiste, qui comme chaque année nous dresse ses conclusions d’une situation finalement pas encore si rose.En réalité, et toutes les statistiques le démontrent, c’est la conjoncture internationale qui permet d’envisager l’année 2018, avec un certain optimisme, dans la foulée de cette année 2017, qui a apporté son lot de nouvelles plutôt encourageantes notamment dans la zone euro. A ceci plusieurs raisons. Tout d’abord les prix de l’énergie restent maitrisés en raison d’une demande qui reste stable, ce qui constitue un élément favorable pour le pouvoir d’achat des ménages, lequel est conforté par des taux d’intérêt qui maintenus très bas, ce qui constitue un avantage pour les achats de biens à tempérament, mais aussi pour les investissements des entreprises. Tout ceci profite également à la zone euro, dont le taux de change se situe malgré son redressement, en dessous de sa parité de pouvoir d’achat par rapport au dollar, ce qui lui procure une certaine compétitivité dans un monde qui a enregistré une embellie plus fort que prévu.

20180604 rexecode-boussemartJean-Michel Boussemart,
Expert économiste.

D’autre part il ne faut pas non plus oublier tous les effets bénéfiques des mesures prises par les entreprises afin de s’adapter à la nouvelle donne de la compétition mondiale, et conquérir ainsi de nouveaux marchés, produire moins cher, ou encore se lancer avec succès dans la bataille de l’innovation. Tous ces éléments conjugués font que cette année 2017 a été meilleure que prévu, et particulièrement dans la zone euro. D’autre part, il est important d’insister sur le phénomène de la stabilité des prix du pétrole. Tout porte à croire que celle-ci va se poursuivre, malgré une légère embardée en début d’année 2018, qui l’avait fait remonter à 58 dollars le baril, pour ensuite finalement retomber à 55. Il est donc envisageable de penser que celui-ci va se maintenir aux alentours de 60/65 dollars, ce qui reste raisonnable, lorsque l’on se souvient qu’il avait grimpé aux environs de 150 dollars au plus fort de ses années folles. Il faut voir deux explications, à cette équation pétrolière. Tout d’abord, la production de gaz de schiste aux Etats-Unis continue de progresser, puisque selon l’agence de l’énergie américaine celle-ci se situerait en fin de cette année à venir, à 1, 5 million de barils par jour. Sachant que la demande quotidienne mondiale représente 1,3 million de barils, il est clair que les Etats-Unis à eux seuls peuvent fournir l’intégralité de la consommation mondiale. Par conséquent l’OPEP se voit contrainte de maintenir un niveau de réduction de sa production, ce à quoi la Russie n’échappe pas non plus. Tout ceci fait qu’il se peut même que les prix repartent à la baisse.

Quelques chiffres...

Des politiques monétaires hors-sol
A propos des politiques monétaires ultra-accommodantes qui constituent un des piliers de cette embellie économique, il faut bien comprendre que celles-ci ne sont pas sans poser des problèmes, dont les conséquences pourraient devenir fâcheuses à long terme. En effet, elles deviennent de plus en plus hors-sol par rapport à la situation économique réelle dans laquelle nous nous trouvons. La question est de savoir si les banques centrales et notamment la FED américaine, face à leur normalisation nécessaire, voire obligatoires sauront le faire avec suffisamment de doigté sans faire exploser des marchés qui pour certains sont très nettement installés dans des bulles spéculatives dangereuses. Heureusement celle-ci est déjà en bonne voie aux Etats-Unis. Par contre, elle est de plus en plus anormale au Japon et en Europe avec des économies qui ont repris de la vigueur en termes de croissance, avec un taux de chômage au plus bas pour l’un et qui baisse fortement pour l’autre. Tout ceci fait qu’il n’y a pas de raisons de maintenir des taux aussi bas dans ces deux régions. Les dirigeants continuent pourtant à le faire, avec cependant une promesse de relèvement des taux de la part de la BCE à l’horizon de septembre 2018. Ceci n’est pas raisonnable sachant que d’ici là, il peut se passer beaucoup de choses. Pourtant, une remontée raisonnable des taux d’intérêt pourrait être jugée par les marchés comme le signe tangible de l’amélioration économique, créant ainsi un vrai climat de confiance avec tous les bénéfices qui en découlent. En tout cas il est clair que cette question de politique monétaire, aux Etats-Unis, au Japon, en Europe, ne peut être regardée sans faire référence à une guerre des monnaies sur le marché des changes dans le monde. Ainsi, par exemple, si les Japonais maintiennent des taux zéro, c’est pour que les capitaux sortent du pays, afin de gommer l’excédent extérieur dû pour beaucoup aux revenus de capitaux prêtés dans le monde. Si au contraire, ils les augmentent, le yen monte, or le gouvernement de Shinzo Abe, ne veut surtout pas de cette situation. La problématique est la même pour l’Europe. Sa politique monétaire devrait aussi être déjà normalisée. Mais si Mario Draghi agit en ce sens dès maintenant, l’Euro qui a déjà progressé par rapport au dollar pourrait s’apprécier aux alentours de 1,30/1,40 € ce qui est impossible. Tout ceci fait que nous sommes dans un monde, ou les déséquilibres de paiements extérieurs restent considérables, non soutenables durablement, montrant de sérieuses anomalies de taux de change. Les conséquences sont donc imprévisibles, en cas de crise aigüe. On ne peut prévoir quelle serait la réaction de Wall Street qui ne fait que monter depuis mars 2009, à part quelques à-coups en raison des risques inflationnistes provoqués par la hausse des salaires. On imagine donc quelle serait la débandade. Dans cet environnement, il ne faut pas non plus oublier la Chine, qui joue manipule aussi le Yuan. Avec cette masse de liquidités monétaires, le ratio masse monétaire sur le PIB mondial est au plus haut. Par conséquent cet argent cherche à s’employer, tant et si bien qu’il se passe des choses que l’on ignore encore aujourd’hui. Tout juste est-il bon de faire référence au Bitcoin de manière anecdotique, qui avait explosé pour retomber aussi vite.

Une chine qui ralentit sans ralentir
L’empire du Milieu qui reste un des deux moteurs de la croissance mondiale poursuit le ralentissement… de sa croissance ! Néanmoins avec une variation à la baisse toute relative de 6,9 à 6, 5 %, sa situation reste plus qu’enviable. En réalité ce ralentissement est sous contrôle depuis quelques années afin d’éviter une surchauffe. Si l’on veut bien regarder de plus près ce qui se passe, nous constatons que les exportations n’ont pas augmenté depuis 3 ans. Cette croissance vient donc du marché intérieur en plein essor. Tout ceci est bien évidemment piloté par les autorités gouvernementales qui veillent au grain de façon à ce que la population puisse aussi profiter des fruits de l’enrichissement fulgurant du pays. Ce rééquilibrage permet donc à l’Empire du Milieu de continuer à enregistrer des résultats très enviables en termes de croissance, tout en maintenant un niveau élevé de ses exportations. Cette configuration est donc propice à un développement harmonieux du pays qui repose sur ses deux piliers internes et externes. Il est vrai que les dirigeants du pays veillent au grain, sachant qu’une baisse brutale du niveau de vie de la population chinoise, peut avoir des conséquences sociales redoutables, capables dit-on de provoquer des révolutions, l’histoire l’ayant déjà prouvé même si l’on sait qu’elle ne repasse jamais les plats. En attendant, nous sommes aujourd’hui loin de cette configuration, et la Chine taille sa route vers les sommets de l’économie mondiale, avec pour objectif la volonté de détrôner les Etats-Unis de leur place de leur place de leader. A noter également que le gouvernement a également sifflé la fin de la politique d’acquisitions tous azimuts pratiquée par les investisseurs, qui provoquaient une fuite importante de capitaux et faisaient baisser le cours du Yuan. Le président Xi Jing Ping a donc décidé de mettre un frein à cette situation pour ne pas fâcher le gouvernement américain. Il n’en reste pas moins vrai que l’Amérique en a vu d’autres et vendra chèrement sa peau dans cette compétition de géants. En attendant Outre Atlantique, la reprise, date de juillet 2009, ce qui fait bientôt 9 ans. Toutefois la moyenne des cycles de ce type ne dépasse théoriquement pas 60 mois. Le pays se trouve donc déjà au-delà des normes. Néanmoins au début des années 2000, les Etats-Unis ont déjà connu une longue période de croissance, laquelle s’est d’ailleurs mal terminée, qui a duré 120 mois. La question qui se pose est donc de savoir si celle-ci n’est pas amenée à nettement ralentir dans les semestres qui viennent, ce qui serait donc normal. Le président Donald Trump vient d’ailleurs de mettre en place une politique budgétaire de baisse d’impôts sur les entreprises, les ménages, accompagnée éventuellement d’une augmentation des dépenses. Dans cet environnement de plein emploi, nous voyons poindre le risque inflationniste. Face à cette situation, la FED pourrait être amenée à normaliser plus vite que prévu sa politique monétaire, ce qui ne serait pas sans conséquence sur la santé de l’économie européenne. La suite est d’autant plus sensible qu’après ces neuf années de croissance ininterrompue, le déficit américain s’élève au chiffre astronomique de 100 % du PIB du pays., ce qui fait que les recettes ne sont pas à la hauteur des dépenses. Tout ceci n’est pas nouveau. De nombreux présidents ont aussi procédé de la sorte, mais dans le contexte actuel, une telle politique représente des risques pour l’année à venir. Tout ceci oblige le trésor à procéder à des émissions d’obligations, lesquelles sont achetées bien évidemment par les épargnants nationaux. Toutefois ceci ne suffit pas. Il faut donc que les investisseurs japonais, chinois, européens en achètent, et au cas où cela ne suffirait pas, c’est le dollar qui s’effondre avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur l’économie de la planète. Si le pire n’est jamais sûr, il est clair que cette situation ne doit pas être ignorée. Elle démontre ainsi l’impact des très grands pays sur la situation économique mondiale, tant en positif si tout va bien qu’en négatif lorsque l’un de ces géants dérape.
Heureusement et au-delà de ces menaces potentielles qui pèsent sur son avenir, la zone euro va nettement mieux, conséquence des efforts consentis pour abaisser le poids de la dette publique et relancer la compétitivité. Même les pays qui n’avaient pas pris la mesure de la nouvelle donne économique internationale, et qui avaient inconsidérément laissé filer leur déficit, sans faire le moindre effort pour le réduire, ont consenti à faire des efforts importants dans ce domaine et commencent voir lesdits efforts récompensés. Même certains que l’on disait perdus, corps et biens, comme la Grèce, retrouvent des couleurs. C’est le cas aussi du Portugal, de l’Espagne et à un degré différent de l’Italie, sachant que le Nord se porte plutôt de mieux en mieux tandis que le Sud reste à la traine. Il n’en reste pas moins vrai que ces pays dont on ne donnait pas cher de leur peau il y a encore à peine un an et demi, sont sur la bonne voie, sachant cependant que tout ceci doit être confirmé sur le long terme. Mais pour l’instant nous n’en sommes pas là, et il convient aussi de saluer également les progrès enregistrés par ces pays en termes de compétitivité.

Du pain sur la planche pour la France
En ce qui concerne notre beau pays, il est clair qu’il reste bien du pain sur la planche pour notre gouvernement pour le rendre enfin compétitif. Certes la croissance annoncée est plutôt, sauf accident, encourageante, certes le chômage à l’instar de tous les pays industrialisés a baissé, mais la France souffre de graves handicaps dont elle a bien du mal à sortir. C’est notamment le cas des exportations. Lorsque l’on compare le ratio avec de celui de nos voisins outre rhénans, de l’Italie, et même sur l’ensemble de la zone euro, ceci se passe hélas de commentaires. Nous ne sommes clairement pas compétitifs dans un domaine essentiel dans cet environnement mondialisé. C’est un des maux de notre économie, et ce qui est grave c’est que nous n’arrivons pas à nous en sortir. Une des autres plaies de notre système réside dans la faiblesse de la marge de nos sociétés non financières. Malgré le fameux CICE, celles-ci restent anémiques. La raison, elle est connue. Le poids des prélèvements reste encore beaucoup trop important. Quant à nos déficits, ils sont toujours beaucoup trop élevés. Si on les compare une fois encore à ceux de la zone euro, nous sommes clairement le mauvais élève de la classe. Quant aux mesures mises en place par le gouvernement précédent et celles annoncées par le nouvel exécutif, elles sont notoirement insuffisantes. Dans ce domaine, nous jouons vraiment petit bras. Le pire, c’est que si nos déficits publics continuent à se creuser, ce n’est pas la faute de recettes insuffisantes. Elles sont même supérieures à celles de la zone euro. Mais là où le bât blesse, ce sont les dépenses que l’on n’arrive pas à faire baisser. Le niveau d’imposition des ménages reste beaucoup trop fort. Si les ménages ont confiance dans la politique menée par le nouveau gouvernement, si l’emploi se redresse durablement, peut-être pourront-ils un peu plus puiser dans leur épargne afin de soutenir une consommation de biens durables. Heureusement les taux d’intérêt restent très bas, ce qui soutient notamment l’immobilier. Si la situation, s’est cependant améliorée au dernier trimestre 2017 par rapport au dernier trimestre 2016, c’est parce que nous bénéficions, largement voire uniquement d’une embellie de la situation économique mondiale. Notre président Macron surfe donc sur cette vague, mais il n’en demeure pas moins que les maux structurels de notre pays sont toujours là et bien là. Tout reste donc à faire. A commencer par le redressement de la compétitivité des entreprises françaises, ce qui passe par la baisse des coûts salariaux, mais aussi par celle des couts de prélèvements indirects destinés à financer la dépense publique, laquelle doit impérativement baisser. Hélas, à ce jour, aucune décision d’importance n’a été prise en ce sens. Heureusement, dans cet environnement peu engageant, il y a une seule vraie bonne nouvelle. Elle vient du front du chômage, lequel a nettement baissé. Cette tendance se vérifie un peu partout en Europe, mais aussi au Japon et aux Etats-Unis. Nous pouvons d’ailleurs constater un curieux phénomène. Cette amélioration est la conséquence de la création d’emplois dus à la baisse de la productivité.

Danser sur un volcan
Voilà donc l’état des lieux de la situation économique mondiale, laquelle connaît une véritable embellie, sous l’impulsion du dynamisme des deux géants, à savoir la Chine et les Etats-Unis, et à un degré moindre de la zone euro. Le tout est de savoir si cette dynamique va se poursuivre indéfiniment. Elle n’est en effet pas à l’abri d’un retournement brutal en raison d’une politique monétaire soutenue par les banques centrales qui se voulait accommodante afin de relancer la machine, mais qui devient aberrante, voire dangereuse, en raison de taux d’intérêt qui ne peuvent indéfiniment rester en l’état. Existe également aux Etats unis un risque d’inflation qui inquiète les marchés financiers. Tout ceci est également sous-tendu par une guerre larvée des monnaies qui n’attend qu’une étincelle pour se déclencher. Enfin restent les questions exogènes telles que le problème géostratégique toujours présent, notamment au Moyen-Orient, porteuses de conséquences inconnues. Sur le plan français, si l’effet Macron a joué et continue incontestablement sur le moral de nos compatriotes, il va falloir que lui et son équipe aux commandes de l’état prennent enfin les décisions déterminantes pour notre avenir. Les problèmes sont connus et identifiés depuis longtemps. Il faut donc désormais agir sans délai, sous peine de relégation à un rang inférieur. Il en va de la crédibilité internationale de notre pays. Si rien n’est fait, nous ne compterons plus vraiment.

Le monde continue donc de danser sur un volcan. Il n’y a cependant rien de surprenant. Il en a toujours été ainsi. L’économie n’est pas un long fleuve tranquille. Alors embellie réelle, accompagnée d’une croissance solide et durable, ou bien feu de paille et retour aux grandes crises financières, monétaires et industrielles ? A ce jour, la version optimiste est généralement privilégiée. Nous la suivrons donc, en espérant que celle-ci soit la bonne.