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Etude Rexecode bilan 2015

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 28 avril 2016. Posted in Ecotendances 2016

Ni le Pérou ni l’enfer

20160826 partagerC’est devenu un des temps forts du rendez-vous annuel de L’IPEA. L’intervention de Jean-Michel Boussemart, Délégué général de Rexecode, concernant la situation économique mondiale reste un régal en matière de clarté, d’élégance phraséologique, et un modèle de pédagogie, à propos d’un sujet quelque peu anxiogène de par les temps qui courent. Il faut bien avouer que pour le non spécialiste, il y a de quoi s’interroger, tant le flot d’informations est devenu complexe à décrypter, voire souvent incompréhensible. Point de tout cela donc avec notre homme qui fait œuvre de simplicité didactique, avec une lucidité exemplaire, sans pour autant jouer les oracles comme encore trop de prévisionnistes se risquent sur ce terrain glissant, ajoutant à la confusion.

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Jean-Michel Boussemart, Délégué général de Rexecode.


Au terme de cette brillante analyse, il n’en reste pas moins vrai que l’année 2015 aura déçu. Alors que la fameuse « conjonction des planètes, » à savoir, la baisse spectaculaire des prix du pétrole, l’assouplissement quasi généralisé des politiques monétaires et des taux d’intérêt bas laissaient entrevoir une accélération de la croissance, c’est malheureusement le contraire qui s’est produit. Cette situation décevante trouve son explication, dans divers facteurs. Ainsi, le transfert de revenus entre producteurs et consommateurs de produits fossiles entre pays exportateurs d’hydrocarbures et pays importateurs, et par extension des produits de base, a conduit les premiers a freiner drastiquement leurs dépenses, tandis que les seconds n’ont pas utilisé cette manne providentielle pour augmenter les leurs. Il résulte donc de cette situation, un affaiblissement de l’activité mondiale qui semble hélas s’aggraver notamment en Chine, en proie à des turbulences qu’elle a du mal à endiguer, ce qui a pour conséquence d’affoler les marchés financiers. Tout aussi préoccupante est la rechute des grands émergents, à l’instar de la Russie ou du Brésil, lesquels sont retombés dans une récession sévère, à laquelle un pays industrialisé comme le Japon n’a pas non plus échappé malgré les remèdes de cheval du Premier ministre Shinzo Abe. L’Inde résiste un peu, mais pour combien de temps ? Quant aux Etats unis, l’accélération espérée de la croissance se fait toujours attendre. Reste notre vieille Europe qui a vu sa situation s’améliorer, mais de façon très modeste, grâce essentiellement à la baisse des prix du pétrole, qui a dopé le pouvoir d’achat des ménages. Cependant l’investissement reste anémique.

Reste dans cet environnement une question majeure qui concerne la seconde économie mondiale dont nous sommes tous dépendants à divers degrés. Il s’agit bien sûr de la Chine. Le ralentissement industriel se poursuit, avec des informations contradictoires qui suscitent des inquiétudes grandissantes quant à la fiabilité des sources fournies par les dirigeants du pays. Les exportations, si elles restent au sommet planétaire, ont cessé de grimper, à cause essentiellement de l’anémie de la demande mondiale. Cependant la consommation des ménages reste orientée à la hausse avec une progression de 11 % par an, tandis que l’investissement connaît une forte décélération. Il n’en reste pas moins vrai que les autorités ont pris des mesures énergiques qui si elles tardent à faire leur effet, en raison peut-être d’une communication défaillante, devraient néanmoins éviter un effondrement du pays.

Un monde sous tension

Il est donc clair que l’horizon conjoncturel reste très délicat à décrypter et toute prévision reste aléatoire. Si nous chaussons des lunettes roses, rien n’empêche la croissance mondiale, de se poursuivre, grâce à des indicateurs qui incitent à l’optimisme. Le risque inflationniste reste quasi nul, tandis que les taux d’intérêt vont continuer à se maintenir à un niveau très bas, même si la Fed, s’apprête à remonter ses taux directeurs, ce qu’elle fera toutefois avec beaucoup de prudence. Reste cependant nombre d’inconnues comme la situation géopolitique, de plus en plus instable sur de nombreuses parties du globe. Le proche orient ne cesse de se détériorer avec comme nouvelle inconnue les tensions extrêmes entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, deux grands pays producteurs de pétrole. Que dire également de la Corée du Nord qui multiplie les provocations au risque de déclencher une réaction de Pékin ou de Washington excédés par les folies des dirigeants du dernier royaume stalinien de la planète ? Au chapitre des menaces, n’oublions pas hélas, les risques d’attaques terroristes d’envergure, ni la dette grecque. A un degré moindre, n’ignorons pas non plus le raidissement du régime politique chinois. Il est d’ailleurs à se demander si cette main de fer qu’est en train d’appliquer le président Xi Jing Ping, n’est pas un peu responsable des difficultés qu’ont les dirigeants du pays à enrayer la crise financière, conséquence d’un processus d’isolement et d’un certain aveuglement de ses dirigeants. Enfin, au chapitre des réjouissances n’oublions non plus la possibilité d’un krach obligataire, où l’explosion d’une bulle, type Internet, sur les marchés boursiers guère vaillants en ce début d’année. Bref, où que l’on se tourne les dangers qui pèsent sur la bonne santé économique de la planète sont hélas bien présents, et il ne faut pas les oublier.Est-ce à dire qu’il faut tomber dans le pessimisme le plus sombre ? Heureusement non. Tout n’est pas si noir. Le monde semble en avoir fini avec les conséquences de la terrible crise financière de 2008. Cela se vérifie avec le redémarrage du secteur de la construction résidentielle pas seulement en France, mais dans l’ensemble de la zone Euro. Une Zone Euro qui s’est vu offrir une belle fenêtre de tir pour sa croissance, via la baisse spectaculaire des produits énergétiques, celle des taux et d’intérêts et de L’Euro, grâce aux efforts de Mr Mario Draghi a la tête de la BCE. Il est donc indéniable que le climat des affaires s’est amélioré. Rien n’empêche donc une poursuite de la croissance mondiale, mais aussi européenne, même s’il serait souhaitable que le rythme s’accélère.

Du côté de l’autre géant planétaire, à savoir les USA, si le PIB continue sa progression, celle-ci est moins spectaculaire que par le passé, et tout laisse à penser que le porte-étendard de l’économie des pays industrialisés, donne le « La » d’une croissance pour les années à venir, à savoir beaucoup plus faible que par le passé. Malgré tout, les ventes au détail restent élevées. Les Américains consomment, c’est indéniable. Quant aux mises en chantier de logements, le redressement se poursuit soutenu par la faiblesse des taux hypothécaires et des niveaux de revenus qui progressent. Aussi, la demande des ménages aux USA, va rester un des piliers de l’activité. La reprise de l’investissement se poursuit, de façon un peu molle certes, mais elle existe. En conclusion il est clair que le moteur américain va continuer de tourner, mais à un régime moindre, suite aussi à un déficit commercial considérable, conséquence d’un niveau d’importations élevé, qui d’ailleurs profite essentiellement aux exportations chinoises. Reste aussi un endettement public beaucoup trop important malgré la faiblesse des taux d’intérêt, ce qui va obliger les autorités à prendre des mesures énergiques tôt où tard.

Chômage et dette, le mal français

Revenons donc à notre beau pays, qui enregistre une progression de son PIB, de l’ordre de 1,2 % par an, ce qui démontre que la période de la profonde dépression dite « Lehmann Brother » semble révolue, même si nous ne rattrapons pas le retard. Ceci se vérifie avec la production industrielle qui se situe à moins 13 % par rapport à ce qu’elle était il y a 7 ans, même si la aussi un mieux est enregistré. Les dernières enquêtes au niveau des directeurs d’achat confirment la tendance de fond. La consommation des ménages, qui profite de l’allègement de la facture énergétique est à l’unisson, et les perspectives semblent meilleures, même si tout cela manque de vigueur. Toutefois, et c’est tant mieux, l’indice de confiance continue de progresser. Restent les points noirs que constituent la dépense publique, qui poursuit sa dérive malgré les discours officiels, et l’investissement des entreprises qui s’il se porte mieux, reste encore anémique. Enfin, l’investissement des ménages, en l’occurrence dans le domaine du logement qui a connu une descente aux enfers, sans précédent, semble voir sa chute enrayée. Mieux encore, une sorte de rebond semble s’amorcer, avec un indicateur des mises en chantier nettement plus optimiste pour l’année à venir. Malheureusement l’emploi peine toujours à se redresser, avec un taux de chômage de l’ordre de 10,8 % de la population active, ce qui nous propulse au-dessus de la moyenne de la zone Euro. Bien évidemment la progression des salaires reste faible, mais le pouvoir d’achat est à peu près préservé grâce à une inflation quasi nulle.
Voilà donc pour l’état de la France. L’économie européenne se trouve à peu près dans la même configuration avec un rebond du PIB de l’ordre de 1,2 %. Toutefois il existe au sein de l’union de fortes disparités. L’Allemagne continue de faire la course en tête. L’Italie, semble avoir enrayé, sa descente aux enfers avec un léger un rebond de son PIB, cependant encore très loin de son niveau de 2008. L’Espagne, quant à elle, connaît des résultats plus prometteurs, qui ne permettent pas encore de crier victoire. Ces données enregistrées dans le domaine du PIB se retrouvent dans celui de la production industrielle, avec les mêmes disparités. L’Allemagne dans tous les cas de figure, reste au sommet, même si les chiffres ne sont pas non plus au niveau de ceux de 2008.Mais que dire de celle de l’Italie avec un recul de 18 %, voire de l’Espagne. Heureusement, à contrario de la France, le chômage est en repli un peu partout ce qui a conforté la confiance des ménages. La consommation connaît aussi des jours meilleurs. C’est surtout vrai chez nos voisins outre rhénans, laquelle est au plus haut. Les autres pays affichent des résultats encourageants, néanmoins encore loin des statistiques d’antan, à l’instar de l’Italie qui enregistre une progression juste stabilisée à un niveau qui était le sien en1997 ! En tout cas les derniers indicateurs de conjoncture permettent quand même de redonner un peu le moral. Les ventes au détail sont reparties à la hausse, tandis que l’indicateur de climat de confiance dans la construction s’est fortement redressé. Quant à l’inflation, elle ne suscite pas le moindre signe d’inquiétude. Soutenue par la chute continue de l’énergie, elle est nulle. Quant à l’encours des crédits accordé tant aux particuliers qu’aux entreprises il est revenu en territoire positif, grâce notamment à l’action de la BCE, laquelle a permis une mise à disposition importante de la masse monétaire.

Un choc pétrolier à l’envers ?

Sur le plan planétaire, il faut bien admettre que la situation est beaucoup moins glorieuse. Alors qu’une réaccélération était attendue, celle-ci n’est pas venue, et le PIB mondial passe sous la barre des 3 % au 3e trimestre 2015, suite aux phénomènes décrits plus haut, comme le retour en récession de la Russie, du Brésil, le ralentissement chinois (qui semble s’amplifier aux dernières nouvelles NDLR), etc. Avec ce coup de frein, le prix de l’énergie continue sa chute vertigineuse. Ceci engendre un mouvement déflationniste lié à des phénomènes jamais vus de transferts brutaux de revenus. C’est ainsi que la consommation mondiale de pétrole, qui représentait 4,5 % du PIB mondial en 2014, n’en représente plus que 2 %, en 2015, lequel a donc été déplacé du producteur au consommateur, ce qui est absolument colossal. Cela ressemble à un choc pétrolier à l’envers. Toujours est-il, cette manne tombée sur l’économie mondiale ne l’a pourtant pas empêché de ralentir. De plus, il faut savoir que le pétrole n’est pas le seul à avoir baissé. Toutes les matières premières qui sont concernées. Ceci s’explique pour deux raisons. D’abord l’offre est surabondante et la demande ralentit. Ainsi, la hausse de prix est nulle aux USA, en Europe, au Japon et en Angleterre. Ceci a eu pour conséquence d’inciter la BCE à poursuivre sa politique d’assouplissement monétaire. Enfin pour clore le tableau, la grille de change a été fortement secouée, avec une forte chute de l’Euro par rapport au dollar, lequel reste fort par rapport au yen, faible par rapport à la livre Sterling. Heureusement, cette nouvelle donne a favorisé nos exportations. Reste le problème des monnaies des pays émergents, lesquelles ont fait l’objet de fortes secousses en 2015, avec en tête le Yuan, qui poursuit une politique de baisse, en procédant par étapes. Le tout est de savoir si elle est contrôlée où si au contraire celle-ci subit les conséquences de la tempête boursière qu’elle est en train d’essuyer.
Au final, quelles sont donc les perspectives pour cette année à venir ? Il semble qu’une reprise « molle » devrait se confirmer en France et dans la zone Euro, dans un environnement international qui devrait s’inscrire en positif malgré des interrogations de plus en plus pesantes à propos de la Chine. Cette reprise dans notre pays sera en tout cas insuffisante pour soulager en profondeur le marché du travail, et restaurer nos comptes publics qui restent fortement dégradés. Trois points permettent d’envisager l’avenir avec un optimisme prudent. Tout d’abord la chute du prix du pétrole semble se poursuivre, voire s’accélérer, et donner ainsi du pouvoir d’achat au consommateur. A condition cependant qu’il ne s’effondre pas, ce qui poserait d’autres problèmes. Ensuite la baisse de l’Euro maintient la compétitivité de la zone, et enfin les taux d’intérêt bas allègent la charge de la dette publique, ainsi que le coût de l’endettement des ménages. Cependant pour que notre pays puisse vraiment en profiter, il est nécessaire que les efforts en ce domaine doivent être intensifiés.

Du grain à moudre malgré tout

Notre tour du monde s’achève avec un retour sur la zone Euro et la France, où deux points doivent être soulignés. Le premier concerne la réduction des dépenses publiques. Malgré les efforts de certains pays (Italie, Portugal, Espagne, Grèce), il y a encore des progrès à faire, surtout pour l’Espagne. Ne parlons pas de la Grèce qui fait toujours peser une menace pour l’équilibre de la zone Euro, même si celle-ci est contenue à ce jour. A l’exception de L’Allemagne, cet impératif de bonne gestion des comptes publics s’impose à tous les pays européens, et notamment à la France dont les siens sont plus détériorés que ceux de la moyenne européenne, ce qui obère sérieusement notre compétitivité. Ceux-ci ne viennent pas d’une insuffisance des recettes, mais de dépenses non maîtrisées. Ces prélèvements, impôts plus cotisations trop élevés engendrent un marasme dont nous avons du mal à sortir. Le deuxième point, se trouve dans la faiblesse de notre commerce extérieur. Malgré la baisse de la facture pétrolière et celle de l’euro, nos exportations continuent de chuter. Nous avons clairement un problème de compétitivité. De plus les marges de nos entreprises sont beaucoup trop faibles, malgré le CICE, ce qui a pour conséquence des budgets dédiés à l’investissement et à la recherche et développement, beaucoup trop insuffisants pour doper notre croissance dans les années à venir.
Reste malgré tout des motifs de satisfaction, à l’exemple d’un taux d’épargne très élevé dans notre beau pays. Les entreprises de tous secteurs ont à leur disposition un très confortable matelas de dépenses potentielles, pour peu qu’elles sachent comment les séduire. Voilà pour une Europe qui devrait continuer son chemin dans un environnement de croissance, molle certes, mais réelle. Ce n’est pas le Pérou, mais il y a eu pire. Cette croissance s’accompagne d’une évolution positive du revenu des ménages sans inflation, accompagnée de taux d’intérêt bas. Il y a donc du grain à moudre pour les plus dynamiques. A bon entendeur…

Philippe Méchin