20191021 esprit-meuble

Imprimer

Conférence Ipsos

on 31 août 2011. Posted in A la découverte 2011

 

conférenceInnover juste...
ou juste innover ?

La question devient récurrente : le consommateur, toujours plus mature, se déclarant en position de défiance vis-à-vis des marques et quelque peu dégrisé par la crise, a-t-il encore besoin d’innovations ? Et dans ce cadre-là, quelles méthodes appliquer pour réussir le développement et le lancement de nouveaux produits ? À ces questions, la présentation Ipsos du 20 janvier dernier a apporté de premiers et instructifs éléments de réponse.

Dernièrement, Ipsos organisait une matinée riche d’enseignements sous la forme d’une conférence ayant pour thème l’innovation, ses vertus et la nouvelle donne que celle-ci doit dé­sormais intégrer au regard de l’évolution comportementale des consommateurs. Grâce aux témoignages des experts intervenants comme des praticiens conviés, l’innovation a ainsi reçu de nouveaux éclairages au cœur des secteurs de la grande consommation et des services afin de nourrir l’expérience des auditeurs en enrichissant leur réflexion de professionnels concernés au premier chef.

teinturierlevyUn programme généreux

La présentation d’Ipsos s’est articulée en 3 mo­ments forts. Le premier correspondait à l’intervention de Dominique Lévy, Directrice générale d’Ipsos marketing France, sous l’angle : Le consommateur face à l’innovation, portrait tout en nuances du consommateur type 2011 et de ses attentes en matière d’innovation. Une étude réalisée à partir de résultats d’études et d’analyses qualitatives. Le deuxième temps fort portait sur la thématique de l’innovation corrélée aux prévisions de ventes en proposant de « voir les choses différemment en 2011. » Animé par Lauren Demar et Lee Markowitz dans la langue de Shakespeare ou plutôt de Faulkner, respectivement CEO d’Ipsos Marketing Consumer Goods et Global Chief Research Officer d’Ipsos Marketing Goods, cet épisode envisageait les processus d’innovation et de prévision avec un œil neuf afin de mieux intégrer les « insights consommateurs » et de revisiter ses classiques dans l’utilisation des modèles de prévision. Précisons que ces deux experts internationaux ont offert leur vision dans le cadre des industries de la grande consommation et des services.
Quant au troisième volet, celui-ci a réuni Marie-Catherine Cerutti, International Marketing Manager de Nestlé Waters International et Julien Billot, Directeur général adjoint de Pages jaunes en charge d’internet. Le fil rouge étant le point de vue de ces praticiens avec pour angle la question suivante : l’excès de méthode peut-il nuire aux vraies idées innovantes ? La plupart des grands acteurs économiques de par le monde ont aujourd’hui processé leurs démarches d’innovation et tout particulièrement dans le secteur de la grande consommation. Si cette industrialisation du process a permis de limiter les risques, sommes-nous passés à côté de grandes idées ? Dont l’origine s’avère parfois beaucoup plus artisanale et empirique pour certaines d’entre elles. Ainsi, Ipsos a offert une réflexion critique à son auditoire portée par deux acteurs dans des environnements totalement différents. L’alimentaire pour l’une et les nouveaux services de la Toile pour l’autre. Enfin, la parole fut donnée à Brice Teinturier, Directeur général délégué Ipsos France qui a clôturé la matinée en expliquant comment vaincre le scepticisme constitue également un enjeu pour l’innovation politique et sociale. Et ce dans le droit fil de la perspective des élections de 2012.

billotceruttiDeux consommateurs sur trois apprécient l’innovation

Dans le détail, la première partie a notamment souligné la défiance généralisée des consommateurs vis-à-vis des marques et du marketing. Désor­mais, tout un chacun connaît les rouages principaux de ces activités et décode aisément les éléments constitutifs des différentes innovations proposées. Trop souvent même, la réflexion du consommateur va encore plus loin et conclut : « Ça, c’est du commercial ». Il faut comprendre dans cette formule que le consommateur entend bien le caractère nouveau de ce dont on lui parle, mais qu’il interprète le message reçu en considérant qu’on cher­che à lui vendre quelque chose. Dans le même temps, le même consommateur n’hésite pas à affirmer qu’il est prêt dans 25 % des cas à payer plus cher dès lors que le produit concerné est nouveau. L’innovation se révèle donc bien-aimée ! Plus fort encore, 67 % déclarent aimer procéder à une recherche d’informations relatives à l’innovation proposée et 53 % ajoutent qu’ils prennent plaisir à essayer ladite innovation. Dans ce contexte, Ipsos répondait à la question de l’« Innover juste » en précisant que la première idée consiste à associer les mots juste et respectueux.
Concrètement, innover juste s’apparenterait donc à un meilleur respect encore de toute la filière de l’innovation en respectant conjointement le client, le produit, les collaborateurs qui ont fabriqué le produit et jusqu’à la planète au sens de meilleur respect de l’environnement. En d’autres te­r­mes, innover juste doit être en phase avec ces impératifs actuels de respect à tous les niveaux. Seconde idée, innover juste évoque de plus la notion de parfaite adaptation au consommateur. D’ailleurs le mot juste a lui-même cette ambivalence, car il peut signifier tour à tour juste au sens d’exact, précis et juste au sens d’unique, exclusif que l’on peut ici mettre en parallèle via les deux formules : « Ça tombe juste pour la planète » et « C’est juste pour moi ». De là s’est imposée la conclusion : « Innover c’est tout cela et bien plus encore avec comme bases permanentes les notions de plaisir, d’utilité pratique, d’économie et, bien sûr, d’avancée technologique. Innover c’est être vertueux et virtuose afin de jouer juste ! »

demarMarkowitzLa bonne innovation procède d’une vision

La seconde partie s’adressait aux anglophones émérites et s’est terminée sur une conclusion en 8 points présentés comme autant de nouvelles perspectives pour 2011 :
• Le process d’innovation prend soin du développement du nouveau produit.
• Le caractère flou des premiers pas impose de nombreux outils.
• Toutes les innovations ne sont pas identiques.
• Regarder au-delà des intentions d’achat.
• Voir l’ensemble dans son intégralité.
• Éviter les pièges des bases de données.
• Relier le concept à la copie.
• Penser différemment les prévisions.
Quant au troisième temps fort de la matinée, celui-ci s’est déroulé sous forme d’un entretien croisé entre deux experts en les personnes de Marie-Catherine Cerutti et de Julien Billot. En substance, à la difficile interrogation de la définition de l’innovation, de multiples échanges eurent lieu forts instructifs. Pour l’heure, les deux professionnels ont remarqué que bien souvent l’innovation était considérée comme un point de technologie alors qu’en fait il s’agit véritablement de ser­vice. Qu’il est absolument nécessaire que l’innovation crée une utilité, une expérience ce qui impose de ne pas re­chercher obligatoirement la rupture, mais plutôt de s’orienter vers la quête d’un bon développement, d’un judicieux renforcement de l’existant, soulignant par là-même la différence profonde entre invention et innovation ! Tout en notant que dans la plupart des cas, le changement d’usages provient d’une invention plus que d’une innovation. Fut également soulignée l’importance de l’intuition que doivent par ailleurs valider des études, car cela permet de définir un cadre, ce qui est fondamental pour l’innovation. Parmi les différents exemples concrets d’innovations a figuré l’expérience de la téléphonie mobile. Julien Billot affirmait notamment que ce secteur était au départ parti d’un mauvais pied puisque le GSM fut présenté comme un téléphone mobile à ses débuts alors que son véritable succès est venu dès lors que le consommateur a compris que, au-delà de la mobilité, l’appareil en question lui donnait une occasion de s’approprier pleinement le téléphone. En d’autres termes, bien plus qu’un mobile, le portable est un téléphone personnel ! Et là est la vraie innovation. En ce sens, la dif­ficulté de traduire en avantages consom­mateurs des performances technologiques fut évoquée. Toutefois, la conclusion intermédiaire de cet échange de points de vue intéressant se résume en une phrase qui fut le point final de l’entretien : « Aucune étude ne remplace la réflexion et l’inspiration ! » En dernier lieu, Brice Teinturier a dressé une liste courte de quelques innovations politiques majeures ou plus anecdotiques. Ont été ainsi cités la réforme de la constitution de 1962, la mise en place du quinquennat relatif à la présidence de la république comme le fait que désormais les élections législatives succèderont aux élections présidentielles selon un calendrier préétabli, la décentralisation, la construction de l’Europe et son corollaire le lancement de la monnaie unique début 2002. Et Brice Teinturier d’ajouter : « Plus proches de nous, notons la prise de la direction du parti politique du Front national par la fille de son créateur, Marine Le Pen, ainsi que le relooka­ge auquel a récemment procédé François Hollande qui a de la sorte perdu son image de “rondouillard”. » Avant de conclure définitivement la présentation d’une formule riche de sens : « Une grande innovation ne naît pas forcément d’une observation de la demande, mais peut procéder d’une vision ! »