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Salone del mobile Milano

Écrit par Laurent FENEAU on 7 septembre 2017. Posted in Salons Europe

Planète meuble !

Le salon international du meuble de Milan fête cette année ses 56 ans. Une maturité qui n’en est pas moins pleine d’énergie et d’innovations pour un événement plus que jamais à l’affût des nouvelles orientations et exigences du marché.

Par Laurent Feneau

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Cette année encore, avec plus de 2 000 exposants, le salon du meuble de Milan et Euroluce - son événement collatéral dédié à l’éclairage - affichent complet et prouvent que Milan est à nouveau le rendez-vous incontournable de tous les acteurs de la profession du meuble et du luminaire. Scène mondiale de toutes les nouveautés de l’ameublement, le salon fête par ailleurs cette année ses 56 ans sous le signe de l’innovation mais également et surtout de l’internationalité. La participation des exposants étrangers est en effet en hausse et près de 30 % des entreprises présentes sur la manifestation viennent d’en dehors de l’Italie. « Le salon affiche complet cette année et en tant que principal événement international dédié au meuble, il continue à attirer industriels et acheteurs autour d’une offre toujours plus qualitative. D’autant que cette année, à l’occasion des vingt ans de Salone Satellite - la partie du salon dédiée à la jeune création - nous accueillons quelque 650 designers du monde entier », commente Marco Sabetta, Directeur général du salon du meuble de Milan. Bref, les chiffres 2017 sont largement à la hauteur de cette édition particulièrement haut de gamme quant au positionnement de son offre. « Nous avons un taux de fréquentation supérieur à celui de 2016 », poursuit-on côté organisation. Et de préciser : « de plus, nous notons une progression qualitative sur ces deux dernières années, avec des visiteurs très satisfaits des contacts pris sur le salon ». Au final, avec près de 350 000 visiteurs sur six jours, la manifestation italienne figure toujours en pole position des manifestations les plus dynamiques pour le marché mondial du meuble.

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Marco Sabetta,
Directeur général du salon du meuble
de Milan.

Forza Milano* !

Ainsi, exposants et visiteurs venus des quatre coins du monde confirment à nouveau l’attrait international de l’événement. « Le fait que la majorité des participants provienne désormais des quatre coins de la planète - 162 pays sont représentés - est la preuve que le salon est aujourd’hui le parfait reflet de la profession, l’événement évoluant au fil des transformations qui sont celles d’un marché du meuble de plus en plus globalisé », poursuit Marco Sabetta. Force est ainsi de constater que le salon de Milan constitue plus que jamais une vitrine ouverte sur le monde. Cette lisibilité est d’ailleurs plébiscitée par les exposants eux-mêmes. « Le nombre de visiteurs est en progression et la manifestation continue à générer un excellent niveau d’affaires ; elle constitue à ce titre une formidable vitrine pour le marché international du meuble », confirme ainsi Isabelle Hernio, Directrice du Groupement des Exportateurs de Meubles (GEM). Même écho chez Dienne. « Nous avons un très bon emplacement cette année, ce qui nous permet de prendre de nombreux contacts et de toucher de nouvelles enseignes », commente pour sa part Irene Mercadante, Responsable France de Dienne. Au final, pour l’ensemble des exposants, cette édition de 2017 est l’occasion de mettre en avant une offre qualitative misant sur un certain retour aux sources, celui-ci se traduisant avant tout par l’authenticité de meubles puisant leur spécificité dans l’utilisation de matériaux naturels. Tantôt minérales, tantôt végétales, ces matières sont multiples. Citons entre autres le marbre de la table basse Apollo chez Calligaris ou le chêne massif du tabouret Gustave designé par Charles Seuleusian pour Harto. Le chêne s’invite également sur le stand de Gallery 910, éditeur français accompagné par le GEM pour sa première participation sur la manifestation milanaise.

Meuble rembourré : l’état de siège

Toutes essences confondues, le bois est également fortement représenté sur le segment du meuble rembourré. Ainsi, tout le catalogue de Very Wood tourne-t-il autour de cette matière, mélangée avec d’autres matériaux techniques et avec une gamme étendue de tissus, comme dans la collection Carmen, conçue par Matteo Thun Atelier : des sièges en hêtre, avec assise et dossier rembourrés et revêtus de tissu, vinyle ou cuir. Air Wildwood Sofa, le dernier canapé de Lago signé par Daniele Lago, se caractérise quant à lui par une planche en rouvre centenaire, associée à des coussins aux formes linéaires et soutenue par des pieds en verre transparent. Minimaliste mais précieux… Des plus classiques aux plus originales, tous les types de bois sont utilisés. Le bois d’érable associé à l’acier teint en rouge du piètement caractérise par exemple la table TandO de Jasper Morrison, qui continue à travailler pour Maruni, une entreprise japonaise historique. Industriel, manuel ou artisanal, le travail - dans sa force et sa valeur ajoutée - est par ailleurs largement mis en avant comme pour justifier la spécificité et les différences de chaque proposition ou production. Enfin, les choix chromatiques des designers et industriels soulignent la force de ce travail sur la matière. La couleur la plus tendance semble être cette année le noir mat, se déclinant en niveaux de gris - tantôt chauds tantôt froids - et s’harmonisant parfois sur des verts tout aussi denses que lumineux. Après trois années difficiles, marquées par une certaine frilosité en termes de création, il semblerait en outre que designers, éditeurs et industriels aient repris goût aux formes et lignes originales, aux volumes inédits et au détail qui fait la différence.

Un nouvel arte povera** ?

Car la matière et la couleur, aussi exaltées soient-elles, ne suffisent pas ou plus aux créateurs. 2017 se caractérise ainsi par une attention minutieuse portée au détail. C’est le cas de la collection Jane dessinée par Emmanuel Gallina pour Poliform - un petit fauteuil, un petit canapé et un banc - pour laquelle les dimensions réduites privilégient l’idée de confort et d’intimité tandis que les finitions en métal ou bois confèrent une identité à la fois classique et contemporaine. Idem pour Ronan & Erwan Bouroullec qui explorent une très ancienne technique avec le petit fauteuil de la collection Officina pour Magis qui propose une structure en fer forgé (et une assise en multicouche) ; les légères imperfections de cette matière première travaillée rendent ainsi uniques des pièces relavant pourtant d’un process 100 % industriel. On remarque ainsi qu’après plusieurs années où le luxe - dans ses versions débauche et too much - semblait être la seule réponse à la crise apportée par les designers et leurs éditeurs, des produits plus stricts, sévères, voire minimalistes dans l’utilisation des matériaux et des ressources font massivement leur apparition. Citons, par exemple, la série de sièges signée Tord Boontje où le châssis métallique se révèle tout aussi apparent que léger. Dessus ? De simples coussins dont l’élégance n’a d’égale que la minceur… Là encore, au-delà du simple souci esthétique, il s’agit de s’éloigner des dernières années, époque se distinguant avant tout par ses canapés XXL et leurs excès de rembourrage. Le soin apporté au traitement de la matière et de la couleur, conjugué au minimalisme structurel évoqué plus haut, contribue au final à rendre le meuble plus polyvalent que jamais. Tous segments confondus, il continue ainsi à s’installer à l’extérieur pour revenir à l’intérieur, et vice versa. D’où des gammes indoor/outdoor de plus en plus interchangeables. Sol+Luna d’Extremis, une des entreprises transalpines les plus tournées vers l’ameublement de plein air, propose ainsi une chaise longue qui, par un simple geste et l’ajout de trois coussins, devient un canapé confortable, équipé - en option ! - d’un disque pare-soleil. Que demander de plus ? Peut-être un produit 100 % modulable ? Voici donc chez Giorgetti, Apsara de Ludovica + Roberto Palomba : un système de sièges composables où le bois domine, dans une réinterprétation domestique et contemporaine du caillebotis de jardin.

Rêves d’enfants…

L’édition 2017 du salon de Milan brosse ainsi le portrait d’un habitat aux contours flous entre intérieur et extérieur, au sein duquel les meubles s’accordent, se désaccordent, se racontent, mais surtout se rêvent sur fond de lignes, formes et matériaux tout aussi élégants que surprenants. On remarque ainsi le lit à deux places Amal de Carlo Colombo pour Flou, embelli par le détail des « pinces métalliques » en trois finitions - or brillant, acier bruni mat, nickel noir brillant - qui fixent le revêtement en tissu ou cuir sur les côtés de la tête de lit. Même volonté d’élégance chez Dienne qui profite de Milan pour présenter son nouveau convertible. Baptisé Bobo, celui-ci propose ainsi une structure bois du plus bel effet ainsi qu’un nouveau tissu premium disponible en 300 couleurs… Côté chambre d’enfants, les rêves des plus petits se déclinent eux aussi sur un mode mixant élégance et ludicité. Provasi lance ainsi la collection Children & Kids, incluant le lit Lorenzo, une commode cloutée à la main, des tables de nuit, un berceau, une armoire et un bureau tout de bois précieux…
Au final, qu’il s’agisse du soin apporté aux détails et aux finitions, du traitement de la matière et des couleurs, de la nouvelle approche concernant la structure interne des meubles rembourrés ou encore de l’interpénétration des environnements indoor/outdoor caractérisant un grand nombre des nouvelles collections présentées cette année, l’événement milanais se fait en 2017 l’écho de toutes les tendances portant actuellement le marché international du meuble. Au-delà, il se fait également le parfait reflet d’un marché du meuble qui est à un tournant de son histoire - il s’agit de négocier le virage de la durabilité tout en maintenant le cap sur la créativité - et donne à voir et à jauger de la réalité de la reprise dans chacun des pays représentés cette année sur le salon. Ainsi, si celle-ci est déjà effective en France comme l’attestent les derniers chiffres de l’IPEA, ainsi qu’en Italie - les exports de meubles italiens progressent d’1,6 %*** en 2016 - Espagne, Portugal, Grande-Bretagne et Allemagne devront confirmer le dynamisme de leur marché national ces prochains mois. Bref, l’Europe du meuble n’est pas encore à l’ordre du jour…

* Allez Milan !
** «Arte povera» est une expression italienne qui signifie «art pauvre».
Il s’agit d’un mouvement artistique italien qui se développe au milieu des années 1960 dont les adeptes utilisent des matériaux
«pauvres» leur permettant d’effacer la distinction conventionnelle
entre l’art et la vie quotidienne.
*** Chiffres 2016 du Centro Studi Federlegno Arredo, panelliste
italien spécialisé sur le secteur du meuble.