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International Furniture Fair Singapore

Écrit par Philippe MÉCHIN - INTERNATIONAL on 8 septembre 2017. Posted in Salons Asie

A la croisée des chemins

Malgré une concurrence vive dans l’offre des salons de printemps asiatiques, le rendez-vous de Singapour reste un classique du genre depuis plus de 30 ans. A ceci près que l’offre locale est quasi inexistante en termes de fabrication. Face à cet étonnant paradoxe, c’est donc sur un autre registre que la plateforme IFFS fait valoir ses atouts, avec une stratégie bien spécifique, qui en fait en final, et depuis toujours un rendez-vous, où l’imagination est au pouvoir.

Par Philippe Méchin

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Tout d’abord, faut-il rappeler que le salon IFFS, acronyme d’International Furniture Fair Singapore ne fonctionne jamais seul ? Aussi et selon la tradition celui-ci accueillait deux autres rendez-vous. Le premier, bien connu, nommé Asean Furniture Show et le second au nom plus énigmatique, s’appelait Nook Asia. Via ces trois plateformes, les organisateurs n’avaient pour autre but que de proposer l’offre la plus large, dans l’ameublement, la décoration, le design et l’aménagement de la maison, à l’attention d’une palette la plus large possible d’acheteurs. Cette démarche bien spécifique, dans ce mode de fonctionnement tricéphale, s’inscrit dans l’ADN des organisateurs, qui ainsi, expriment leur volonté de mouvement et d’accompagnement des tendances d’un secteur qui comme tant d’autres subit des transformations profondes sous la pression des évolutions technologiques de plus en plus prégnantes, des impératifs écologiques, ou s’invitent les notions de développement durable, de respect environnemental. Ces révolutions qui ne disent pas leur nom sont également soutenues par la demande des consommateurs, toujours plus exigeants. Il s’agit donc pour les équipes aux commandes de l’événement de comprendre et surtout soutenir ces bouleversements, en accompagnant tous les phénomènes où vient s’intégrer le principe d’innovation proposé par les fabricants venus exposer leurs nouveautés. Ce terme d’innovation, devenu la tarte à la crème dans tous les domaines industriels, prend d’autant plus toute sa saveur sur la plateforme singapourienne, que la cité état ne produit quasiment rien de concret sur son minuscule territoire, c’est bien là le paradoxe. C’est pourtant oublier que Singapour est un des paradis mondiaux de l’intelligence, de la créativité, et de la quête du progrès technologique, sous toutes ses formes. C’est ainsi que le fameux concept de l’innovation est bien omniprésent sur ce territoire qui ne cesse de fasciner la planète. Tant et si bien que l’attractivité de Singapour s’exprime dans tous les domaines, tous les secteurs. Ce microbe à l’échelle mondiale, en termes de superficie territoriale, est considéré avec le plus grand respect, voire la plus grande admiration, pour ses performances, son attractivité sans cesse grandissante. Que ce soit dans le domaine de la finance, de la recherche, le pays est en pointe. Sans oublier un système éducatif envié dans le monde entier, considéré comme le meilleur au monde. Et que dire des efforts formidables, dans le domaine touristique, avec probablement le plus bel aéroport au monde, des infrastructures hôtelières de tout premier ordre, et une foultitude de parcs de divertissement, casinos et de zones de loisirs. Enfin, comment oublier la sécurité absolue des visiteurs, la propreté légendaire, l’intégration parfaite de la nature dans l’environnement citadin ?

Singapour, cité modèle ?

Dans un contexte de développement des échanges commerciaux financiers internationaux, une explosion mondialisée du tourisme, les autorités singapouriennes se sont clairement positionnées pour faire de la cité état, un « hub », de notoriété planétaire, et force est de dire que l’objectif est parfaitement atteint. Ce qui n’empêche pas ces mêmes autorités de poursuivre leurs efforts dans tous les domaines, via des travaux d’infrastructures d’envergure, afin d’améliorer une image très clairement positionnée en haut de gamme. Singapour a délibérément opté pour le luxe, ce qui évidemment a un prix. Il est clair que l’habitat n’est pas bon marché, faute tout d’abord de place disponible. Il est donc clair que tout projet immobilier implique des prix élevés pour les acquéreurs. Ainsi, Singapour est-elle devenue une sorte de Suisse de l’Asie du Sud-Est, ce qui constituait et continue de constituer l’objectif des dirigeants au pouvoir. Toujours est-il que cet environnement très sélectif est loin de rebuter les investisseurs internationaux, et grandes entreprises de dimension mondiales. En effet, un nombre toujours croissant d’entre elles y possèdent une implantation, via un siège local pour la zone Asie Pacifique, soit une représentation d’envergure. Cependant, si cet aspect « business » a fonctionné à merveille, Singapour s’est très un peu trop vite vue attribuer une réputation de cité d’affaires, de ville de riches, sans charmes, si ce n’est que pour y fréquenter les galeries commerciales climatisées, réservées au shopping de luxe, le tout dans un cadre aseptisé, hautement sécurisé. Tout ceci a longtemps été vrai, il ne faut pas l’occulter. Néanmoins, le gouvernement bien conscient du problème a pris très sérieusement l’affaire en mains ces dernières années. Il a donc décidé de dynamiser le territoire, via la construction de divers centres de loisirs et d’amusement, accompagné de travaux d’aménagement extérieurs qui ont véritablement métamorphosé le paysage. Il y a eu tout d’abord ce gigantesque hôtel Marina Bay Sands, et ses quelque 2 500 chambres, ses casinos, et surtout cette fameuse piscine panoramique à débordement qui couvre l’intégralité du toit. Ce bâtiment gigantesque, exceptionnel à plus d’un titre, est devenu une sorte de construction iconique, une sorte de tour Eiffel de la ville. Puis, au fil du temps sont venus se greffer des galeries commerciales, des restaurants, des bars, etc., un quartier de loisirs non loin de là, nommé Clarke Quay, qui vit jour et nuit, e bien d’autres endroits ou la jeunesse locale, et maintenant les touristes du monde entier viennent s’amuser, en toute sécurité critère hélas de plus en plus d’actualité, et consommer, pour le plus grand bonheur de l’économie locale. Et que dire de ces extraordinaires tours en en forme de fleurs multicolores qui brillent de mille feux la nuit. Bref, Singapour a entamé une mue d’envergure afin de ne plus être seulement la cité des banques et des affaires, mais aussi celle du tourisme, de la joie de vive, et de loisirs, le tout agrémenté d’un confort de tout premier ordre.

Le goût du beau

Aussi ne faut-il pas s’étonner que cette manne profite à la population locale, laquelle dispose d’un niveau de vie qui se situe au sommet de la hiérarchie mondiale. Au-delà des ultra riches, s’est développée une classe moyenne très aisée, dotée d’un pouvoir d’achat très conséquent et d’un appétit de consommation fort élevé. Il va donc sans dire qu’à l’instar que les comportements d’achats sont similaires à ceux que l’on trouve dans les pays industrialisés de la planète, mondialisation oblige. Les aspirations sont les mêmes, les tendances similaires. Se trouvent pêle-mêle en première ligne, une demande pour un rapport qualité-prix optimal, des produits éco compatibles, à faible consommation énergétique et un goût toujours plus prononcé pour la high-tech, dans un pays très en pointe dans ce secteur, soutenu le phénomène de connectivité. Bref, rien de bien original, mais peu de place, cependant pour le bas de gamme. Il va donc sans dire que le secteur du meuble, de l’aménagement de la maison et de la décoration n’échappe pas au phénomène. De plus, le prix des logements étant élevé, les citoyens accordent le plus grand soin à leur intérieur. Il est également un élément d’importance, qui mobilise les consommateurs, c’est celui du design. A cela rien d’étonnant, lorsque l’on connaît le goût des Singapouriens pour l’innovation, la modernité dans tous les domaines. Aussi, ceux-ci accueillent-ils la plus grande bienveillance, à cette semaine du design, qui se tient simultanément avec le salon IFFS. Cette initiative, due aux organisateurs et au syndicat professionnel SFIC, mobilise durant une semaine, toute la ville qui se pare de multiples expositions et animations locales sur le thème du design et par extension de la décoration. C’est ainsi, par exemple, que nombre de commerçants de tous types jouent le jeu et proposent diverses mises en scène de leurs produits, de leurs vitrines, de leurs étalages.
C’est donc dans ce contexte plus que favorable que se tient la trilogie IFFS, Asean Furniture Show et Nook Asia qui couvrent ainsi la quasi-intégralité d’une offre dédiée à l’ameublement, l’aménagement et la décoration de la maison, depuis le meuble meublant, l’outdoor, l’artisanat local, le design en passant par la Led, et connectivité qui s’invite dans la danse. Seulement voilà. Singapour ne compte que 5,5 millions d’habitants et il est impensable de proposer une plateforme dédiée aux clients nationaux, même si ceux-ci possèdent pourtant un fort pouvoir d’achat. Le but des organisateurs est donc de présenter, une offre capable de séduire les acheteurs des pays limitrophes et ceux venus du monde entier, sachant que la concurrence est rude, étant donné le nombre impressionnant de rendez-vous sur la zone.

Une mission de porte-étendard

Tel est le challenge que relèvent depuis plus de trois décennies les organisateurs, avec pour arguments une offre où sont proposés les poids lourds de la production nationale, une sélection de ce qui se fait de mieux dans la région tant sur le plan esthétique que qualitatifs, sans oublier une large part dédiée à la création et au design tant local qu’international. Il s’agit aussi de capter les dernières tendances en termes de demande des consommateurs, notamment dans le domaine des nouvelles technologies en permettant aux entreprises les plus mieux adaptées d’exposer leurs nouveautés et innovations. Enfin, durant ces journées, de nombreuses animations, concours et conférences sont organisés avec comme but principal de créer du lien entre visiteurs et exposants, et que le rendez-vous de Singapour soit aussi celui des réseaux, de ce que l’on appelle le « networking ».
C’est donc très clairement, une offre tournée vers la qualité, qui est proposée aux visiteurs, bien en phase finalement avec l’image glamour et sophistiquée de Singapour ; même si le sourcing n’est pas oublié. A noter également l’arrivée d’une zone réservée à l’éclairage Led. Les résultats sont plus que corrects, puisque pour cette édition 2017, 21 996 professionnels du secteur dont 87 missions d’achat venues de 92 pays ont fait le déplacement afin de venir découvrir les nouveautés et innovations de 428 compagnies exposants issues de 35 pays. Ces statistiques sont donc fort honorables, surtout lorsque l’on connaît le niveau de concurrence. L’offre est très clairement de qualité, la présentation impeccable, le confort de visite remarquable, bref les organisateurs peuvent se contenter de la situation.
Cependant, les organisateurs, bien conscients de la taille de leur manifestation, face à la prolifération de l’offre salons durant cette période, face aussi aux mastodontes de l’Empire du Milieu, ont bien conscience que la pérennité du succès passe par une réactivité et une capacité d’adaptation toujours plus intense. Ils savent qu’ils se trouvent à la croisée des chemins. A cet effet, ils ont dans leurs cartons divers projets, afin de faire de l’édition 2018, l’édition d’un renouveau, pas seulement, le temps d’une année, mais celui d’au moins une décennie. A cet effet, ils pourront aussi s’appuyer sur la montée en puissance de la ville de Singapour, devenue en l’espace de quelques années, non seulement un des points névralgiques de la planète « business », grand carrefour de la finance, mais aussi un des nouveaux centres du monde en termes d’attractivité, de capacité aérienne, de structures hôtelières, et de qualité d’accueil au cœur de ce Sud-est asiatique bouillonnant d’énergie. Il est clair que le salon IFFS de par son positionnement et sa taille, possède une mission de porte-drapeau de l’image de la cité état, de tout ce qu’elle véhicule de positif. Connaissant les équipes aux commandes du salon tout laisse à croire qu’elles seront à l’unisson.