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Appel à projet Eco-mobilier

Écrit par Aïssatou BALDÉ on 6 septembre 2017. Posted in A la découverte 2017

« Eco-Innovation Challenge 2017 »

Mercredi 7 juin, l’équipe d’Éco-mobilier annonçait son nouveau projet : « Eco-innovation Challenge 2017 ». Un nouveau défi qui consiste à réduire drastiquement l’enfouissement des matelas, des couettes et des oreillers, en développant leur recyclage, d’ici 2020. Pour relever le défi, l’éco-organisme a réuni tous les acteurs de la profession, en quête de LA bonne idée, qui permettra de récupérer et recycler les équipements de literie.

Par Aïssatou Baldé

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Eco-mobilier est une société par actions simplifiées, fondée en 2011 par 12 distributeurs et 12 fabricants, soucieux de valoriser le mobilier usagé. Cette organisation de la filière du meuble s’est donné pour mission de collecter le mobilier usagé, afin de lui offrir une seconde vie. Éco-mobilier est agréé par les pouvoirs publics, et se finance par l’éco-participation que chaque consommateur verse lorsqu’il achète un meuble neuf. L’éco-organisme rassemble aujourd’hui 6 256 acteurs du meuble (fabricants, distributeurs, entreprises spécialisées dans la vente à distance, adhérents). 126,7 millions d’euros d’éco-participation ont été versés en 2015. Il existe 2 289 points de collecte, dont près de la moitié en déchèterie : 767 chez les distributeurs et 325 dans les associations solidaires. Éco-mobilier estime, grâce à ces chiffres, que 8 Français sur 10 sont couverts par la filière et dispose de benne de dépôt, à proximité de leur habitat. Depuis sa création, 840 000 tonnes de mobilier usagé ont été collectées, dont 250 000 tonnes prises en charge directement par Éco-mobilier, et 590 000 tonnes, ayant fait l’objet d’un soutien financier. 560 collectivités sont titulaires d’un contrat, dont 217 conclus au cours de l’année.

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Dominique Mignon,
Directrice générale Eco-mobilier.

Nouveaux constats, nouvel enjeu

Dans un contexte d’accélération de la collecte des matelas usagés en France, l’éco-organisme souhaite trouver une solution de recyclage, simple et efficace. L’appel à projet de R&D Eco Innovation Challenge 2017 a été présenté par Dominique Mignon, Directrice générale d’Éco-mobilier. L’objectif de cette initiative est de développer le recyclage des matelas, des couettes et des oreillers.
« À la création de la filière, les études disaient que 50 % du mobilier étaient mis en enfouissement  et 90 % des matelas aussi », raconte Maxime Barbier. Face à ce constat, Éco-mobilier a redoublé d’efforts. Désormais, 50 % des déchets sont pris en charge. « L’objectif est d’arriver à 0 % d’enfouissement », déclare Dominique Mignon. Pour cela, il faut trouver des techniques innovantes, permettant de faciliter le recyclage, et dans ce domaine « le rôle d’Éco-mobilier est d’impulser l’innovation », ajoute-t-elle. C’est dans cette optique que l’entreprise sollicite l’ensemble de la profession, en lançant cet appel à projet qualifié de guichet ouvert par la Directrice générale. Selon Cécile des Abbayes, Directrice innovation et études systèmes chez Éco-mobilier, 90 000 tonnes de matelas ont été vendues en 2016, et parmi eux, 41 000 tonnes sont en polyuréthane, 11 000 tonnes en latex et 27 000 tonnes en ressorts. Les besoins sont très importants.
De plus, il existe aujourd’hui sur le territoire, 7 centres de démantèlement. Sur le site de montage de Sèvres, le démantèlement s’organise en 3 phases : le tri (les matelas peuvent être déposés dans les bennes Éco-mobilier), l’acheminement sur le site, et, enfin, le démantèlement. L’économie de la filière est prise en charge par l’éco-participation, jusqu’au démantèlement. L’éco-participation est prélevée sur l’achat d’un meuble neuf. Depuis le 1er mai 2013, une somme, comprise dans le prix de vente, est prélevée pour la gestion du recyclage. Ce montant varie en fonction de son poids et de la complexité des éléments recyclés. Il peut être de 0,25 €, pour une simple chaise, et atteindre jusqu’à 6 €, pour un matelas deux places.
22 000 tonnes de textiles piqués en mélange et accessoires, 19 500 tonnes mousses pures et 15 500 tonnes de métal de textiles sont aujourd’hui recyclées, dans les centres de démantèlement de matelas. En ce qui concerne le rembourrage d’assises de couchage, 4 500 tonnes de rembourrage polyester et 2 700 tonnes de rembourrage plumes et duvets sont recyclés. Une étude, réalisée par l’Institut technologique FCBA (centre technique industriel français, chargé des secteurs de la Forêt, de la Cellulose, du Bois-construction et de l’Ameublement), sur une centaine d’articles, a révélé que, 75 % des matelas sont en mousse de polyuréthane, 18 % en latex et 7 % en matériau composite.
Face à ce nouveau défi, différents acteurs sont venus proposer des pistes ou des solutions, à travers l’évocation des problématiques des matières et des produits. « Le matelas est un millefeuille et chaque matière est une couche », déclare Maxime Barbier, Responsable service innovation du pôle ameublement FCBA. Selon lui, chacune des matières à un rôle à jouer dans le processus de recyclage, bien que l’enjeu soit complexe puisque, toujours selon Jean-Marc Barbier, ces feuilles ne sont pas simples à séparer.
Pour Christel Jimenez, Responsable de l’activité des recherches chez TBC, le marché de l’isolation pourrait être une piste de réflexion intéressante. « L’isolation du bâtiment  regroupe des volumes importants », puisque, rien que pour la toiture, 26 millions de m3 de matière sont utilisés par an. Les murs périphériques utilisent, quant à eux, 10 millions de m3 à l’année, et l’isolation acoustique (cloisons, plafonds, sols), 3 millions de m3 par an. Nous retrouvons, dans l’isolation, une grande variété de matériaux (ouate de cellulose, coton, fibre de bois, isolant alvéolaire, coton recyclé, chanvre coton lin) et donc de possibilités.
D’autres pistes peuvent être explorées, pour autant, il faudra prendre en compte de nombreuses contraintes, telles que la réglementation énergétique pour le bâtiment, l’affichage environnemental, ainsi que l’application de la loi Grenelle II, qui prévoit de mesurer les performances énergétiques et environnementales, et la rénovation thermique obligatoire des bâtiments, avant 2020. L’Éco-modulation devrait être appliquée à partir du 1er janvier 2019. Les produits les plus facilement recyclables bénéficieront d’un bonus et seront donc encore moins chers.

«  Eco-innovation Challenge 2017 »

Steve Duhamel, Responsable R&D d’Éco-mobilier, est intervenu afin de détailler le projet et répondre aux questions des potentiels participants. Les volontaires ont jusqu’au 29 septembre 2017 pour déposer leurs candidatures. Le jury final se tiendra le 30 novembre 2017. Les participants peuvent proposer des solutions de développement de nouveaux produits, utilisant des matières issues de literie usagée (ex : isolants, revêtements sportifs, produits ameublement), mais également imaginer des systèmes de transformation des matières, issues des articles de literie, en nouvelles matières premières recyclées, ou encore, en molécules d’intérêt (ex. : dépolymérisation, recyclage chimique, préparation des matières). L’organisation accompagnera le meilleur projet du concept à la pré-industrialisation. Le projet s’adresse à différents types d’acteurs : start-ups, opérateurs, laboratoires industriels et distributeurs, d’où qu’ils viennent en Europe. Tous peuvent présenter un projet, individuellement ou en consortium. Ils pourront bénéficier d’un financement de 66 à 100 %, en fonction de la taille de l’entreprise.
Les inscriptions sont ouvertes sur la plateforme depuis le 7 juin. Et déjà, lors de la rencontre, un atelier d’échange était organisé à la suite de la présentation, afin que les participants des différents secteurs puissent se rencontrer et échanger leurs idées sur le projet.
Avec 8 000 tonnes de meubles collectées en 2013 et 125 000 en 2015, Éco-mobilier pense se stabiliser en 2023, avec la totalité des matières qui seront recyclées. Les couettes et coussins seront intégrés à la filière, dès 2018.
Il ne reste que quelques mois aux intéressés pour présenter leurs candidatures. Éco-mobilier s’engage à ouvrir son réseau aux participants, pour faciliter la rencontre et créer une synergie entre les différents domaines d’expertise.